Verdict 3 sur 5. Toy Story 5 avait une idée nette, ce qui paraît presque suspect dans une suite Pixar arrivée aussi tard. Bonnie grandit, une tablette en forme de grenouille avale son attention, Jessie panique, Woody revient au standard, Buzz se retrouve multiplié comme un stock oublié. Le film sait très bien ce qu’il veut regarder. Il ose moins souvent le regarder en face.
- Film Toy Story 5
- Réalisation Andrew Stanton
- Coréalisation Kenna Harris
- Scénario Andrew Stanton, Kenna Harris
- Voix originales Tom Hanks, Tim Allen, Joan Cusack, Greta Lee, Conan O’Brien, Tony Hale, Craig Robinson
- Genre animation, aventure, comédie familiale
- Durée 1h42
- Sortie France 17 juin 2026
Le cinquième épisode part d’un conflit très simple. Les jouets de Bonnie ne se battent plus seulement contre l’oubli, la poussière ou la concurrence d’un cadeau plus neuf. Ils se battent contre un écran. Lilypad, tablette verte aux yeux ronds, promet à l’enfant des jeux, des contacts, des récompenses, des invitations sociales et cette petite dose de validation qui transforme une chambre en salle d’attente numérique. C’est malin, parce que la saga a toujours parlé du rapport entre l’enfant et l’objet. Le film remplace simplement la question par sa version actuelle.
Andrew Stanton connaît cette maison par cœur. Il a participé à l’écriture de toute la série et son retour donne à Toy Story 5 une tenue immédiate. Les plans sont lisibles, les gags sont propres, les objets ont du poids, les gestes des jouets restent parfaitement compréhensibles. On ne va pas faire semblant de découvrir que Pixar sait fabriquer une image solide. Le souci est ailleurs. Le studio filme ici une menace contemporaine avec une politesse de comité, comme si chaque idée un peu amère devait être remboursée par une blague, une poursuite ou un sourire bien placé.
Le duel entre jouets et tablette donne à la saga un conflit actuel. Le film touche juste quand il regarde Bonnie au lieu de recycler les anciens réflexes.
Pixar choisit le bon ennemi
Lilypad est la meilleure trouvaille du film. Pas parce qu’elle serait un grand méchant, le scénario prend bien soin de ne pas trop salir l’objet vendu dans toutes les maisons, mais parce qu’elle déplace la peur habituelle des jouets. Dans les premiers films, Woody craignait d’être remplacé par un autre jouet. Ici, Jessie comprend que le jeu lui-même change de forme. Le problème n’est plus un rival en plastique. Le problème, c’est une interface qui sait occuper l’enfant sans rien lui demander de fatigant.
Cette idée aurait pu donner un film plus mordant. On sent par moments que Stanton veut parler de solitude, de pression sociale, de temps d’écran, de parents qui cèdent parce qu’ils n’ont plus l’énergie de tenir la ligne. Le matériau est là. Il suffit de regarder Bonnie hésiter entre ses jouets et son écran pour comprendre que le film touche quelque chose de précis. Puis Pixar recule, comme souvent quand la critique pourrait devenir trop sèche. La tablette est inquiétante, mais jamais assez pour que le discours dérange vraiment.
C’est la limite la plus frustrante de cette suite. Toy Story 5 a un sujet plus fort que beaucoup de productions familiales récentes, puis le traite avec des gants propres. Il vise les écrans sans vouloir fâcher les écrans. Il parle de dépendance sans montrer trop longtemps l’ennui, la gêne ou la colère que ce sujet porte forcément. Le film préfère rester accessible, fluide, aimable. C’est efficace. C’est aussi un peu lâche.
Le film parle de remplacement, puis refuse de sacrifier quoi que ce soit. La douceur Pixar reste là, avec la prudence commerciale bien emballée autour.
Jessie tient mieux le film que Woody
Le vrai centre du récit, c’est Jessie. Le choix est bon. Le personnage porte déjà une mémoire d’abandon, ce que le film exploite sans avoir besoin de refaire toute la démonstration. Quand Bonnie s’éloigne, Jessie ne perd pas seulement son rôle dans la chambre. Elle voit revenir une blessure que la saga avait déjà très bien formulée. Le cinquième épisode fonctionne dès qu’il accepte de la suivre dans cette inquiétude.
Joan Cusack apporte toujours cette énergie nerveuse qui peut faire passer Jessie du commandement au doute en une seconde. Le film lui donne plusieurs scènes justes, surtout quand elle tente de rester utile sans devenir pénible. C’est là que Toy Story 5 retrouve un vrai nerf dramatique. La question n’est pas seulement de savoir si Bonnie va rejouer avec ses jouets. La question est de savoir comment un objet attaché à un enfant survit au moment où cet enfant commence à vouloir être vue autrement.
Woody, lui, revient surtout parce que le logo ne supporterait pas longtemps son absence. Tom Hanks fait le travail, évidemment. Le personnage a encore du charme, quelques répliques bien dosées, une présence affective immédiate. Mais son retour ressemble souvent à une obligation plus qu’à une nécessité. Le quatrième film avait pris le risque de le sortir du cycle habituel. Le cinquième le rappelle, puis cherche comment justifier cette marche arrière sans trop attirer l’attention. C’est habile, pas très courageux.
Buzz existe surtout pour agiter la vitrine
Buzz Lightyear subit le même traitement, avec un gag de multiplication plus amusant que vraiment utile. L’idée des unités Buzz en mode démonstration donne quelques moments de comédie physique assez efficaces. Tim Allen s’amuse avec ce dérèglement, et le film sait tirer parti de l’absurdité mécanique du personnage. Mais on retrouve aussi cette tendance récente à utiliser Buzz comme une réserve de bruit. Il entre, il relance, il dérègle une scène, puis le récit retourne à Jessie.
Ce déséquilibre n’est pas un drame. Toutes les suites n’ont pas besoin de donner la même place à chaque visage connu. Le souci vient plutôt de l’empilement. Forky, les anciens jouets, les nouveaux objets, les enfants, les parents, Lilypad, Woody, Jessie et Buzz veulent tous une place autour de la table. Le film avance alors par séquences bien tenues, mais on sent les coutures. Certaines scènes existent parce que le cahier des charges réclame un passage avec tel personnage, pas parce que le récit l’exige vraiment.
Le troisième acte fonctionne mieux parce qu’il resserre le récit autour de Jessie et Bonnie. Avant cela, trop de personnages font acte de présence.
Une animation impeccable mais moins surprenante
Visuellement, Toy Story 5 reste d’une propreté technique presque vexante. Les textures de plastique, de tissu, de poussière et de lumière domestique sont impeccables. Pixar sait donner aux jouets cette matérialité précise qui les rend immédiatement crédibles. Les scènes avec la tablette ajoutent une lumière plus froide, plus lisse, qui crée un contraste net avec la chambre de Bonnie. Tout est pensé, contrôlé, parfaitement fini.
Il manque pourtant une vraie sensation de découverte. La série a longtemps été une vitrine technique. Chaque épisode semblait pousser l’animation vers un palier nouveau. Ici, le film capitalise davantage qu’il n’invente. Quelques passages autour des jeux de Bonnie apportent des couleurs plus stylisées, des ruptures sympathiques, une énergie de dessin enfantin. C’est agréable, parfois drôle, mais cela ne suffit pas à donner au film la secousse visuelle que son sujet appelait.
La mise en scène reste donc compétente, parfois très élégante, rarement risquée. Stanton sait placer la caméra, gérer l’espace, faire respirer un gag. Il sait aussi terminer une scène au bon moment, ce qui devient presque un luxe dans l’animation de studio. Mais Toy Story 5 garde une retenue permanente. Le film parle d’un monde qui bascule, puis l’image continue de se tenir droite, propre, rassurante. Un peu trop, justement.
Forces et faiblesses de Toy Story 5
| Élément | Ce qui fonctionne | Ce qui coince |
|---|---|---|
| Idée centrale | La tablette Lilypad actualise vraiment la peur d’être oublié | Le film adoucit trop sa critique des écrans |
| Jessie | Personnage central plus solide que prévu, portée par une vraie blessure | Le scénario l’entoure de trop de retours obligatoires |
| Woody et Buzz | Présence affective immédiate et quelques gags efficaces | Fonction narrative parfois trop faible pour justifier leur poids |
| Animation | Textures, lumière et lisibilité toujours au-dessus du lot | Peu de surprise formelle pour une saga autrefois pionnière |
| Émotion | Dernier acte plus resserré, sincère sans trop forcer | Les grands élans arrivent après beaucoup de mécanique |
Ce que vaut vraiment cette suite
Toy Story 5 n’est pas l’épisode inutile que l’annonce laissait craindre. Il a un sujet, une idée visuelle claire, une vraie place pour Jessie, et plusieurs scènes capables de rappeler pourquoi cette série a tenu aussi longtemps dans la mémoire du public. Il n’est pas honteux. Il n’est même pas paresseux. Il est plus agaçant que cela. Il est prudent avec un sujet qui réclamait moins de prudence.
Dans le paysage récent des suites familiales, il reste au-dessus du simple recyclage. Il comprend mieux son matériau que Minecraft, le film, qui confondait souvent reconnaissance et mise en scène. Il dialogue aussi naturellement avec Vice-versa 2, autre retour Pixar construit autour d’un enfant qui change et d’un studio qui calcule très précisément le niveau de risque acceptable. On ne peut pas reprocher à Pixar de ne plus savoir faire. On peut lui reprocher de savoir trop bien où s’arrêter.
La note de 3 sur 5 paraît donc juste. Toy Story 5 offre une séance familiale solide, drôle par moments, émouvante quand Jessie reprend vraiment la main, mais trop consciente de sa propre valeur de marque. Il parle de jouets menacés par la technologie, puis se comporte lui-même comme un produit qui a peur de sortir de son emballage. Pour une saga qui a bâti sa grandeur sur la peur d’être abandonné, c’est presque ironique. Et franchement, Pixar avait les moyens d’être plus féroce.
Toy Story 5 vaut-il la séance au cinéma
Oui, surtout pour la qualité d’animation, Jessie et le conflit avec Lilypad. Le film reste solide, même s’il manque de mordant face à son sujet.
Faut-il avoir revu les anciens Toy Story
Non, l’intrigue se comprend seule. Revoir Toy Story 2 et Toy Story 4 aide surtout à mieux sentir ce que Jessie et Woody portent derrière eux.
Le film parle-t-il surtout des écrans
Oui. Lilypad représente l’arrivée de la technologie dans la chambre de Bonnie, mais le film garde un ton familial et évite une critique trop agressive.
Toy Story 5 convient-il aux enfants
Oui, le film vise clairement le public familial. Les enfants y trouveront l’aventure et les gags, les adultes verront davantage la prudence du scénario.

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