Verdict 4 sur 5. Critique de The Furious, film d’action réalisé par Kenji Tanigaki avec Xie Miao, Joe Taslim, Brian Le, Yang Enyou, Jeeja Yanin et Yayan Ruhian. Wang Wei cherche sa fille enlevée, Navin cherche sa femme disparue, et le film cherche surtout le moyen le plus direct de faire cogner deux corps dans un espace trop petit. Bonne nouvelle, il trouve souvent.
Le cinéma d’action promet régulièrement le retour des vrais coups. La plupart du temps, cela donne trois plans illisibles, deux cascadeurs cachés par le montage et une caméra secouée comme si l’opérateur venait de perdre son permis. The Furious arrive avec une idée plus simple et nettement plus rare. Montrer les corps, laisser les gestes se lire, puis pousser la chorégraphie jusqu’à l’absurde sans perdre le spectateur en route.
- Titre The Furious
- Réalisation Kenji Tanigaki
- Scénario Mak Tin Shu, Shum Kwan Sin, Lei Zhilong, Frank Hui
- Distribution Xie Miao, Joe Taslim, Brian Le, Yang Enyou, Jeeja Yanin, Yayan Ruhian, Joey Iwanaga
- Genre action, arts martiaux, thriller
- Durée 1 h 54
- Sortie France 10 juin 2026
- Classification interdit aux moins de 12 ans avec avertissement
Le film comprend que la lisibilité est une arme. Les combats durent, respirent, changent d’appui, et la caméra ne traite pas le public comme un obstacle à contourner.
Une violence qui sait se placer
Kenji Tanigaki vient de la coordination d’action, et cela se voit dans chaque scène qui compte. Les coups ne sont pas seulement des impacts alignés pour remplir une bande-annonce. Ils dessinent un trajet, déplacent les corps, modifient la distance, abîment le décor. Un mur, une cage, une planche, un frigo industriel, un escalier ou un simple bout de sol deviennent des contraintes de mise en scène. Voilà, ce n’était pas si compliqué. Il suffisait de penser l’espace avant de martyriser le spectateur.
Le film a surtout le bon goût de ne pas confondre vitesse et bouillie visuelle. Les plans laissent voir les enchaînements, les chutes et les reprises. On comprend où se trouvent les combattants, qui prend l’avantage, qui tente de fuir, qui se relève beaucoup trop vite pour conserver un semblant de crédibilité médicale. Ce dernier point fait partie du plaisir. The Furious assume l’excès, mais il ne le cache pas derrière un montage paniqué.
Le scénario a pris un congé sans solde
Le récit tient sur une ligne droite. Une fille disparaît, une enquête révèle un réseau criminel, deux hommes avancent vers les ravisseurs, et chaque étape débouche sur une nouvelle correction physique. On ne va pas faire semblant de découvrir un drame psychologique complexe. Le film utilise l’écriture comme un ticket de métro. Il faut bien valider quelque chose pour aller d’un combat à l’autre.
Cette pauvreté narrative gêne par moments. Wang Wei et Navin sont définis par leur douleur, leur compétence et leur capacité à encaisser l’impossible. Les seconds rôles existent surtout pour annoncer une menace, recevoir une menace ou finir pliés contre du mobilier. C’est sec, efficace, parfois risible. Le film s’en sort parce qu’il ne prétend jamais bâtir une grande tragédie. Il avance avec une franchise presque brutale. Quand l’histoire devient faible, la mise en scène reprend la parole et remet tout le monde au travail.
Dès que personne ne se bat, les dialogues paraissent fonctionnels. Le film sait quoi faire avec un coude, beaucoup moins avec une conversation.
Xie Miao et Joe Taslim font le vrai travail
Xie Miao porte Wang Wei avec une économie qui colle bien au personnage. Il parle peu, regarde beaucoup, et donne l’impression d’avoir gardé toute son énergie pour la prochaine scène où quelqu’un va traverser une table. Son jeu n’est pas riche au sens classique, mais il est précis dans le cadre. On sent un acteur qui sait où poser son poids, quand ralentir, quand exploser, quand laisser un geste raconter plus qu’une réplique laborieuse.
Joe Taslim apporte une présence plus nerveuse. Le film l’utilise en contrepoint, avec un corps plus sec, une colère plus lisible, une manière de relancer l’action dès que l’intrigue menace de s’asseoir. Yayan Ruhian et Brian Le complètent le dispositif avec un vrai sens du combat chorégraphié. Là encore, le casting vaut surtout pour sa compétence physique. Hollywood devrait prendre des notes, puis relire ses notes, puis arrêter de couper toutes les trois images quand un acteur lève la jambe.
La caméra comprend les corps
Ce qui distingue The Furious d’un simple catalogue de mandales, c’est sa façon de faire évoluer une scène pendant qu’elle se déroule. Un affrontement commence avec une règle claire, puis le décor impose une autre logique. Les combattants tombent, glissent, grimpent, utilisent un objet, changent d’adversaire, perdent une position, en regagnent une autre. La chorégraphie ne ressemble pas à une démonstration posée devant la caméra. Elle donne l’impression d’un problème physique résolu en direct.
Ces choix rendent les comparaisons avec The Raid inévitables, mais pas forcément paresseuses. Le film partage le goût de l’épuisement, des corps qui reviennent à la charge, de la brutalité claire. Il ajoute une part plus ludique, presque insolente, dans l’usage des objets et des niveaux. Chaque scène veut prouver qu’il reste une manière différente de casser un rythme. C’est parfois trop long, parfois grotesque, mais au moins le film travaille son sujet. Dans le cinéma d’action contemporain, ce simple fait donne presque envie d’envoyer une lettre de remerciement.
The Furious n’a pas besoin d’un récit sophistiqué pour exister. Il a besoin d’un espace lisible, d’interprètes capables, et d’un cinéaste qui connaît la valeur d’un plan qui dure.
Le film d’action face à ses propres excès
Le vrai défaut du film tient à son rapport à la surenchère. À force de faire monter chaque combat, The Furious frôle parfois la saturation. Tout le monde encaisse trop, trop longtemps, avec une résistance qui ferait lever un sourcil même dans un tournoi clandestin écrit par un adolescent très fâché. Le film sait que cette exagération fait partie du contrat, mais il ne sait pas toujours quand s’arrêter.
Cette limite ne casse pas l’expérience. Elle rappelle seulement que l’intensité ne remplace pas toutes les nuances. Un combat peut être admirablement construit et perdre un peu de force quand il ajoute encore trois adversaires, deux objets dangereux et une reprise au sol alors que la scène avait déjà gagné. Tanigaki a une générosité réelle. Il a aussi une légère addiction à l’idée de dépasser le seuil précédent. C’est très sympathique, jusqu’au moment où le film semble vouloir battre son propre record toutes les cinq minutes.
Le tableau du verdict
| Rubrique | Note | Ce qui marche | Ce qui coince |
|---|---|---|---|
| Action | 4,5 sur 5 | Chorégraphies lisibles, longues, inventives et vraiment physiques | La surenchère finit parfois par écraser la variation |
| Mise en scène | 4 sur 5 | Espaces clairs, cadres utiles, vraie gestion des corps | Quelques scènes cherchent le record plus que la tension |
| Écriture | 2,5 sur 5 | Le récit va droit au but et ne ment pas sur ses priorités | Dialogues pauvres et personnages réduits à leur fonction |
| Interprétation | 3,5 sur 5 | Xie Miao et Joe Taslim imposent une présence physique nette | Le film exige surtout résistance et précision physique |
| Impact final | 4 sur 5 | Un vrai film de combat, généreux, agressif et lisible | Un grand film d’action plus qu’un grand récit |
À qui conseiller The Furious
The Furious vise les spectateurs qui veulent du combat filmé frontalement, avec des corps compétents, des impacts visibles et une mise en scène qui respecte assez le genre pour ne pas tout réduire à un shaker numérique. Si tu cherches une intrigue dense, des personnages travaillés et des dialogues mémorables, tu risques de trouver la séance très longue entre deux baffes. Si tu viens pour la précision physique, le film livre largement ce qu’il promet.
Dans les critiques du site, The Criminals permet de mesurer l’écart avec un thriller plus sage, plus narratif, mais moins impressionnant dans le geste. Pour un autre rapport au combat populaire, Karate Kid Legends offre un contrepoint plus familial, plus nostalgique, et nettement moins féroce.
Mon verdict sur The Furious
The Furious n’est pas le miracle absolu que certains vendent déjà avec des grands gestes, parce qu’un film ne devient pas complet uniquement parce qu’il cogne fort. Son scénario reste maigre, ses dialogues font le minimum, et ses personnages secondaires servent souvent de matériel à chorégraphier. Voilà pour la partie pénible, celle qu’il faut quand même regarder en face si l’on veut éviter de confondre enthousiasme et aveuglement.
Reste un film d’action rare, tenu par une science du mouvement que beaucoup de productions plus riches peuvent lui envier. Kenji Tanigaki filme les corps avec une clarté, une énergie et une précision technique qui rendent la séance sèchement réjouissante. Ce n’est pas profond. Ce n’est pas subtil. Ce n’est pas toujours raisonnable. C’est, en revanche, un vrai objet de cinéma physique, et par les temps qui courent, on ne va pas bouder un film qui sait au moins où placer sa caméra avant de déclencher la bagarre.
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