5/5 - (1 vote)

Verdict 3 sur 5. Critique Le Vertige de Quentin Dupieux, film d’animation sorti en France le 10 juin 2026, avec les voix d’Alain Chabat, Jonathan Cohen, Anaïs Demoustier et Jean-Marie Winling. Jacques annonce à Bruno que l’humanité vit dans une simulation. Voilà le programme. Une phrase, un salon, deux avatars raides, et le cinéma français qui découvre qu’un bug peut coûter moins cher qu’une scène écrite.

Le film a une vraie idée de forme. Il ose une 3D volontairement ingrate, proche d’un vieux jeu vidéo dont personne n’aurait osé vendre les textures sans s’excuser. Ce choix lui donne son énergie, son malaise, sa petite insolence. Il lui donne aussi sa limite. Une fois le regard habitué à ces corps cassés, l’écriture devient le vrai test.

  • Titre Le Vertige
  • Réalisation Quentin Dupieux
  • Scénario Quentin Dupieux
  • Voix Alain Chabat, Jonathan Cohen, Anaïs Demoustier, Jean-Marie Winling
  • Musique Franck Lascombes
  • Animation Yann Roussel, Max Nicolas, Rémi Alleman, Solane Duval, Léo Pouliquen
  • Genre animation, comédie absurde
  • Durée 1 h 07
bande annonce Le Vertige Quentin Dupieux

La 3D volontairement ratée n’est pas un simple gag. Elle organise vraiment le malaise et donne au film sa meilleure idée de cinéma.

Une mauvaise 3D choisie, pas subie

Le Vertige fonctionne d’abord parce qu’il assume une image laide sans demander pardon. Les personnages ont des mains trop rigides, des visages trop vides, des déplacements qui semblent sortis d’un moteur 3D limité. Le gag est visible, presque lourd, mais il produit quelque chose de rare chez Dupieux. Cette fois, la forme ne sert pas seulement à signaler une trouvaille de tournage. Elle fabrique une sensation.

La première scène suffit à poser le contrat. Un doigt traverse une sonnette, un corps se déplace mal, le décor paraît chargé au rabais. On comprend tout de suite que le film ne va pas chercher la beauté numérique. Merci, personne n’avait demandé un énième rendu poli jusqu’à l’ennui. Dupieux préfère montrer des avatars mal finis, et ce mauvais goût assumé colle bien à son sujet. Si le monde est une simulation, autant qu’elle soit codée par un stagiaire pressé.

Un gag de simulation fondé sur la gêne

Le point de départ n’a rien de neuf. La réalité suspecte, Matrix qui revient dans la conversation, la faille visible dans le système, tout cela a déjà beaucoup servi. Le Vertige le sait, et c’est peut-être son meilleur réflexe. Le film ne prétend pas révéler une grande pensée philosophique. Il installe deux personnages dans une idée usée et observe ce que leur bêtise, leur panique ou leur orgueil peuvent encore produire.

Cette modestie a du bon. Le film dure soixante-sept minutes, et ce format court lui évite de se transformer en discours pseudo-philosophique de comptoir sur la technologie. Une chance. Le cinéma adore parfois faire semblant de penser parce qu’un personnage prononce le mot réel avec un air grave. Ici, Dupieux reste plus sec. Il coupe vite, enchaîne les scènes, refuse l’emphase. Le problème, c’est que cette sécheresse ne remplace pas toujours une progression dramatique.

Le concept amuse vite, mais il donne aussi l’impression d’avoir livré ses meilleures répliques très tôt. Le dernier tiers cherche une ampleur qu’il n’a pas vraiment préparée.

Les voix font mieux que les corps

Alain Chabat donne à Jacques une panique douce, presque administrative. Il ne force pas le délire, ce qui permet au personnage d’exister au milieu des pixels. Jonathan Cohen joue Bruno avec un mélange d’incrédulité et de satisfaction personnelle assez toxique. Là encore, le film gagne quand la voix reste sobre, car le corps animé prend déjà en charge la part la plus visible de l’étrangeté.

Anaïs Demoustier arrive avec une netteté qui tranche avec les deux hommes. Sa présence vocale ramène une précision bienvenue dans un film qui pourrait se contenter d’animer ses modèles numériques en récitant ses blagues. Jean-Marie Winling apporte une autorité un peu sèche, utile pour éviter que le récit se réduise à une discussion de salon mal rendue. Les acteurs ne sauvent pas tout, mais ils empêchent souvent l’exercice de devenir une démonstration satisfaite.

La satire numérique reste trop prudente

Le Vertige veut parler de dépendance aux écrans, de vérité vendue, de croyance technologique et d’arnaque existentielle. Il a donc de quoi être méchant. Il l’est par endroits, jamais assez longtemps. Dupieux observe bien la tentation de transformer chaque faille du monde en produit à vendre. Il voit aussi très bien comment la crédulité peut devenir une entreprise. Puis il se retire au moment où il faudrait aller beaucoup plus loin.

Ce manque d’insistance frustre, parce que le film possède le bon cadre formel pour attaquer le sujet. Une animation cassée, des personnages numériques volontairement pauvres, un monde qui affiche ses défauts sans filtre. Tout est là pour une critique vraiment sèche de la tech et de la croyance contemporaine. À la place, Le Vertige préfère souvent la réplique courte. C’est drôle, oui. C’est aussi confortable. Dupieux sait attaquer, il choisit ici de rester prudent.

Élément Lecture Note
Animation Laide avec méthode, plus expressive que prévu 4 sur 5
Écriture Drôle par éclairs, trop mince dès que l’enjeu augmente 3 sur 5
Voix Chabat, Cohen et Demoustier tiennent la raideur du dispositif 4 sur 5
Satire Bien sentie, mais trop prudente pour vraiment attaquer 3 sur 5

À qui conseiller Le Vertige

Le film concernera surtout les spectateurs qui acceptent qu’une image moche puisse être pensée. Si vous venez chercher une animation fluide, expressive et généreuse, vous risquez de passer soixante minutes à juger des coudes polygonaux. Si vous aimez les objets courts, secs, un peu agaçants mais cohérents, Le Vertige a de quoi vous retenir. Pas longtemps, mais assez pour ne pas regretter la séance.

Parmi les sorties récentes, il se compare assez bien avec la critique de Disclosure Day, autre film qui traite une vérité cachée, mais avec des moyens et une gravité opposés. Pour le rapport au jeu vidéo et à l’image fabriquée, Super Mario Galaxy offre une comparaison utile, beaucoup plus industrielle, beaucoup moins bizarre, et pas franchement plus inspirée sur le fond.

Mon verdict sur Le Vertige

Le Vertige mérite mieux que le réflexe paresseux qui consiste à dire que Dupieux refait Dupieux. Il tente autre chose dans sa texture, dans son rapport au corps, dans sa manière de rendre la laideur productive. Ce n’est pas rien. On peut même trouver ça assez réjouissant, surtout dans un cinéma où les images numériques standardisées sortent trop souvent avec le même lissage prudent.

Reste que le film pense avoir réglé une partie du travail parce que son apparence est forte. Mauvais calcul. La 3D bancale apporte une impulsion, pas une pensée complète. Le Vertige amuse, agace, surprend par moments, puis n’exploite pas sa part la plus agressive. Un bon Dupieux mineur, donc. Pas un accident, pas une révélation. Juste un film plus malin que profond, ce qui est déjà beaucoup dans une semaine de sorties où des films bien plus chers travaillent moins leur idée.

Tu vas aimer :

+ There are no comments

Add yours