Verdict 3 sur 5. Critique The Giaccomo, film de Baptiste Drapeau avec Xavier Lacaille, sorti en salles le 17 juin 2026. Giaccomo démarre à Amiens, dans une salle de sport, avec une ambition d’une modestie admirablement grotesque. Il veut devenir influenceur, atteindre le million de followers, transformer chaque geste en contenu et chaque humiliation en opportunité de visibilité. Le film tient une cible nette. Il l’observe mieux qu’il ne la juge. C’est déjà beaucoup, par les temps qui courent, où certaines comédies françaises expliquent encore leurs vannes avec une application scolaire.
Le risque était évident. Un film sur l’influence peut vite devenir un sketch prolongé, avec trois filtres Instagram, deux invités ravis de se montrer et une morale toute prête sur les réseaux supposés idiots. The Giaccomo échappe souvent à cette paresse parce qu’il part d’un vrai personnage. Pas profond au sens noble, non. Plutôt cohérent dans sa bêtise, sincère dans sa stratégie, convaincu qu’une gêne publique vaut mieux qu’une invisibilité confortable.
Un faux documentaire qui comprend trop bien son sujet
La réussite du film vient d’abord de son format. Baptiste Drapeau ne filme pas seulement un influenceur ridicule. Il filme le système qui l’encourage, lui répond, le récompense, puis feint de le trouver excessif quand il devient utilement embarrassant. Le faux documentaire permet de saisir les rendez-vous, les essais de contenus, les rencontres intéressées, les silences gênés devant une caméra qui n’a aucune raison morale d’être là.
Le film sait que l’influence n’est pas seulement une affaire d’ego. C’est un système de validation où tout le monde a quelque chose à vendre, même quand le discours prétend parler d’authenticité. Les producteurs, les invités, les plateaux, les réseaux, les abonnés et les marques se placent autour de Giaccomo avec une politesse très commerciale. Personne ne semble vraiment croire à ce qu’il raconte. Beaucoup trouvent tout de même avantageux de rester dans le champ.
Le dispositif donne au film une souplesse rare. Les plans laissent durer les réactions, et Xavier Lacaille peut installer une gêne très concrète.
Xavier Lacaille impose une gêne très contrôlée
Xavier Lacaille ne cherche pas à rendre Giaccomo sympathique à tout prix. Merci à lui, vraiment. La comédie française a déjà assez de personnages imbuvables que le scénario supplie d’aimer sous prétexte qu’ils ont eu une enfance moyenne et deux phrases de doute au troisième acte. Ici, Giaccomo reste pénible, arrogant, limité, parfois presque touchant malgré lui. Le film ne demande pas de l’absoudre. Il demande de regarder comment cette médiocrité se transforme en projet professionnel.
Le jeu repose sur un équilibre difficile. Trop idiot, Giaccomo deviendrait une blague répétée. Trop lucide, il deviendrait un manipulateur banal. Lacaille garde une zone intermédiaire assez juste. Son personnage comprend les règles visibles du buzz, mais pas les conséquences humaines de ses choix. Il croit maîtriser son image alors qu’il dépend entièrement du regard des autres. Cette contradiction sert le film bien mieux que plusieurs apparitions très contentes d’être là.
Le film aime trop ses apparitions connues. Elles donnent un contexte médiatique, puis deviennent parfois une liste de présences dont l’effet paraît forcé.
La satire devient précise puis trop polie
The Giaccomo est précis quand il observe la télé réalité, les placements, les conseils creux, les opérations d’image et cette langue étrange où chaque phrase semble validée par un cabinet de communication pressé. Le film montre un milieu où le discours moral finit souvent par servir un intérêt d’image. Là, il y a du vrai. Rien de neuf pour qui suit un minimum les plateformes, mais le cinéma français a souvent dix ans de retard sur les usages en ligne, alors une observation correcte mérite presque des applaudissements polis.
Le souci arrive quand le film approche la partie la plus désagréable de son sujet. L’économie de l’attention ne fabrique pas seulement des figures ridicules. Elle récompense l’humiliation, elle accélère la confusion entre valeur et visibilité, elle transforme la sincérité en format exploitable. Le film le sait. Il le suggère. Puis il recule juste assez pour rester fréquentable. On sent parfois la peur de devenir trop dur avec un milieu dont il reprend pourtant les visages et les codes.
The Giaccomo vaut moins pour ses grandes idées que pour sa précision de comportement. C’est une comédie d’observation, pas un film vraiment dur avec son sujet.
Le faux documentaire reste le meilleur choix
Le dispositif permet au personnage de se révéler sans discours explicatif. Le film ne prêche pas. Il laisse durer les moments gênants. Ce choix évite souvent au film de devenir une suite de punchlines sur les réseaux sociaux. Les entretiens fonctionnent mieux que certaines scènes de récit, car Giaccomo s’y expose sans qu’un dialogue explique la blague. Un sourire trop long, une phrase mal relancée, un regard vers l’équipe. Ces petits écarts donnent plus d’information que plusieurs tirades sur la société du spectacle.
La mise en scène reste propre, parfois trop. Elle capte bien les lieux, le passage d’Amiens aux espaces plus clinquants, les décors de promotion et les zones où chacun semble jouer à être déjà plus célèbre qu’il ne l’est. Le montage garde un rythme correct, avec assez de malaise pour que la séance ne s’installe pas dans une routine. On aurait aimé un style plus abrupt, des coupes plus dures, moins de scènes prêtes à expliquer leur intention. Le film ose parfois être méchant, puis il adoucit trop vite ce qu’il vient de montrer.
Tableau critique
| Critère | Ce qui fonctionne | Ce qui agace |
|---|---|---|
| Format | Le faux documentaire donne une vraie liberté de jeu | Quelques passages expliquent trop leur propre cible |
| Interprétation | Xavier Lacaille tient une gêne précise et constante | Certains invités prennent plus de place que nécessaire |
| Satire | Le film observe bien les codes de l’influence | La critique reste trop polie dans le dernier tiers |
| Rythme | La séance avance sans longue baisse de rythme | Le récit aurait gagné à couper plus sec |
Faut il voir The Giaccomo au cinéma
Oui, si vous voulez une comédie française qui ne se contente pas de pointer un téléphone en annonçant que le sujet est moderne. The Giaccomo connaît assez son sujet pour dépasser la blague facile sur l’influenceur idiot. Il voit les rituels, les poses, les mots creux, les petites compromissions de dignité. Il s’appuie aussi beaucoup sur Xavier Lacaille, et ce choix fonctionne souvent.
La comparaison avec d’autres sorties récentes aide à situer le film. Il est moins libre que Jim Queen, qui accepte davantage le désordre et le mauvais goût. Il est plus stimulant que Les Parfait(s) Arnaques en famille, autre comédie trop prudente, parce que son sujet lui donne une actualité plus nette et une gêne plus efficace.
Non, en revanche, si vous attendez une critique vraiment brutale contre l’économie de l’attention. Le film reste partagé entre comédie accessible et critique sociale, puis refuse parfois de choisir. La note de 3 sur 5 paraît donc juste. The Giaccomo a de la justesse, du rythme et une interprétation solide. Il manque encore ce supplément d’inconfort qui aurait rendu la satire beaucoup plus sévère.
The Giaccomo vaut il le déplacement en salle
Oui, si vous cherchez une comédie française actuelle, portée par Xavier Lacaille et assez précise sur les codes de l’influence. Le film reste imparfait, mais rarement paresseux.
Le film se moque t il vraiment des influenceurs
Oui, mais sans aller jusqu’au malaise complet. The Giaccomo observe bien la mécanique du buzz, puis garde souvent une prudence qui limite sa force satirique.
Faut il connaître Giaccomo avant le film
Non. Le film présente son personnage et son obsession de visibilité assez vite. Connaître le compte et la promotion peut ajouter du contexte, pas une condition de compréhension.
Pourquoi The Giaccomo divise autant
Parce que son personnage est volontairement agaçant et que le film avance entre comédie gênante et critique sociale. Ce dosage fonctionne par moments, puis frustre quand la satire devient trop polie.
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