Verdict 4 sur 5. Critique C’est quoi l’amour ?, film de Fabien Gorgeart, sorti en France le 6 mai 2026, avec Laure Calamy, Vincent Macaigne, Lyes Salem et Mélanie Thierry. Le point de départ tient sur une formalité administrative à parfum de tribunal ecclésiastique. Fred veut faire annuler son ancien mariage religieux pour épouser Chloé. Marguerite accepte. Évidemment, le dossier se met vite à gratter là où le couple croyait avoir rangé ses vieilles affaires.
- Titre C’est quoi l’amour ?
- Réalisation Fabien Gorgeart
- Scénario Fabien Gorgeart
- Distribution Laure Calamy, Vincent Macaigne, Lyes Salem, Mélanie Thierry, Céleste Brunnquell et Saül Benchetrit
- Genre comédie dramatique
- Sortie France 6 mai 2026
- Durée 1h48
C’est quoi l’amour ? arrive avec une belle carte de visite, dont le Grand Prix de l’Alpe d’Huez et un prix d’interprétation pour Laure Calamy. La récompense n’est pas un argument magique. Les festivals adorent parfois saluer des comédies qui sourient trop fort pour cacher leur paresse. Ici, la bonne nouvelle, c’est que le film travaille vraiment son sujet.
Fabien Gorgeart ne traite pas la famille recomposée en collection de grimaces autour d’une table. Il regarde ce que chacun doit ravaler pour rester civilisé. Un ancien couple doit prouver que son mariage n’aurait jamais dû compter, alors que ses souvenirs disent exactement le contraire. Joli bazar. Les papiers parlent d’annulation, les corps répondent attachement.
Une formalité religieuse qui réveille tout
Le meilleur choix du scénario consiste à partir d’un acte très concret. Pas une grande déclaration, pas une crise théorique, pas une conversation interminable sur le sens du couple. Une demande de nullité. C’est sec, technique, presque ridicule au cinéma. Parfait. Cette sécheresse oblige les personnages à fouiller dans une zone sale, celle des raisons officielles et des vraies raisons.
Fred veut refaire sa vie avec Chloé. Marguerite n’a pas de raison évidente de refuser. Sur le papier, tout pourrait être réglé en deux signatures et un sourire adulte. Bien sûr, personne ne va au cinéma pour regarder des adultes signer proprement. L’enquête demandée sur leur passé commun devient une machine à déplier les non dits. Le film sait que l’amour ancien ne disparaît pas parce qu’un couple a rangé ses meubles dans deux appartements séparés.
Le voyage vers Rome donne au récit une forme de pèlerinage administratif. Le mot fait chic. La réalité est plus drôle. On transporte des enfants, des conjoints actuels, des souvenirs gênants et des versions contradictoires du passé. Chaque étape demande aux personnages de se montrer raisonnables. Mauvaise idée, évidemment. Le raisonnable tient rarement longtemps quand les blessures ont encore une bonne mémoire.
Fabien Gorgeart sait filmer les familles quand elles mentent poliment
Depuis Diane a les épaules et La Vraie Famille, Fabien Gorgeart aime les familles qui ne rentrent pas dans les cases sans faire de bruit. C’est quoi l’amour ? continue ce travail avec une forme plus légère, mais pas plus molle. Sa mise en scène garde un œil sur les places occupées dans le cadre. Qui s’assoit à côté de qui. Qui reste debout. Qui sourit trop vite. Qui regarde ailleurs au mauvais moment.
Ce sens de la circulation compte beaucoup. Dans une comédie de groupe, le danger vient vite de l’embouteillage. Tout le monde veut sa réplique, son petit moment, son entrée. Gorgeart préfère les tensions obliques. Une réaction dans le fond du plan peut suffire à fissurer une scène. Un silence dit parfois plus qu’un échange préparé pour la bande annonce. Le film a assez de tenue pour ne pas souligner chaque émotion au feutre rouge.
Il y a aussi un vrai goût du concret. Les sacs, les trajets, les attentes, les enfants qui observent les adultes se raconter des histoires rassurantes. La comédie naît de là, pas d’une mécanique de portes qui claquent toutes les trois minutes. C’est plus fin, donc plus risqué. Quand le rythme baisse, on le sent. Quand la scène prend, elle tient sans avoir besoin de forcer le rire.
Laure Calamy garde le film sous tension
Laure Calamy donne au film son meilleur équilibre. Marguerite pourrait devenir un rôle uniquement solaire, celui de l’ex épouse grande âme qui accepte tout avec un sourire parfaitement lavé. Elle évite ce piège. Son jeu garde une nervosité vive, une pointe de contrôle, une manière de dire oui tout en laissant entendre que le oui coûte plus cher que prévu.
Face à elle, Vincent Macaigne joue Fred sur un registre familier, mais utile. Il sait donner à l’hésitation une densité presque comique. Le type voudrait que tout avance, que tout soit simple, que chacun fasse preuve de maturité. On connaît ce programme. Il tient environ huit minutes avant de demander aux autres de porter son désordre intérieur avec le sourire.
Lyes Salem et Mélanie Thierry ne sont pas là pour décorer le conflit principal. Sofiane et Chloé représentent le présent, avec ce que cela suppose de patience, de jalousie discrète et de lucidité contrariée. Le film a l’intelligence de ne pas les traiter en obstacles. Ils ne sont pas les méchants de la nouvelle vie. Ils sont ceux qui doivent vivre avec un passé qui refuse de rester poli.
Le film avance mieux quand il ne force pas le charme
C’est quoi l’amour ? n’échappe pas toujours à son envie d’être aimé. Quelques scènes arrondissent trop vite les angles. On sent parfois la comédie française qui range ses aspérités dès que la gêne devient trop forte. Dommage, parce que les meilleures scènes sont justement celles où le malaise insiste un peu, où le rire sort avec un léger retard.
La partie romaine aurait pu devenir plus mordante. Le décor apporte du mouvement, du décalage, un terrain idéal pour confronter le sacré, le légal et le sentimental. Le film en tire de bons moments, mais il ne pousse pas toujours la logique jusqu’au bout. On aurait aimé une pression plus sèche, des conversations moins prêtes à se réparer, des choix qui laissent une marque plus durable.
Cette réserve ne casse pas le film. Elle le maintient simplement dans une zone très fréquentable, parfois trop fréquentable. Le récit garde sa chaleur, mais il refuse par instants la cruauté légère que son dispositif appelait. L’amour, dans ce film, résiste au classement. La mise en scène aurait pu être plus dure avec ceux qui tentent encore de le classer.
Un vrai film de groupe, pas seulement une affaire de couple
La bonne surprise tient à la place donnée au groupe. C’est quoi l’amour ? ne réduit pas son sujet à la nostalgie entre Fred et Marguerite. Autour d’eux, il y a des conjoints, des enfants, des loyautés nouvelles, des blessures secondaires. Le passé de deux adultes devient le présent de tout un petit monde. Merci le romantisme, toujours très efficace pour compliquer la logistique familiale.
Les enfants observent avec une précision cruelle. Ils comprennent plus que ce que les adultes veulent bien admettre. Le film capte cette position inconfortable, celle de spectateurs forcés d’une histoire qui les précède et les concerne quand même. Là, Gorgeart retrouve ce qui faisait la force de La Vraie Famille. Il filme l’attachement non comme un discours noble, mais comme une organisation quotidienne fragile.
La famille recomposée n’est pas vendue comme une solution moderne avec ruban cadeau. Elle demande du travail, du tact, de la mauvaise foi bien dosée et quelques silences avalés de travers. Le film a le bon goût de ne pas distribuer des bons points. Chacun y tient à quelque chose. Chacun y ment un peu. Chacun a raison pendant trente secondes, puis beaucoup moins juste après.
Tableau critique
| Critère | Avis |
|---|---|
| Rythme | Vif dans les scènes de groupe, plus sage dans certains passages romains |
| Mise en scène | Précise dans les regards, attentive aux places et aux silences |
| Interprétation | Laure Calamy domine sans écraser, Vincent Macaigne trouve le bon trouble |
| Scénario | Très bonne idée de départ, quelques résolutions trop propres |
| Impact | Drôle, touchant, parfois trop conciliant pour vraiment secouer |
Pourquoi cette sortie peut trouver son public
Dans la semaine du 6 mai 2026, C’est quoi l’amour ? se place sur un créneau très différent des autres sorties visibles. The Criminals vend la tension sèche du thriller de braquage. Mortal Kombat II promet le grand bruit, les coups et la mythologie bien chargée. Le film de Gorgeart joue une autre bataille, celle du bouche à oreille adulte.
C’est un vrai atout. La comédie française centrée sur le couple et la famille peut vite sentir le dossier de financement récité par cœur. Ici, le sujet reste identifiable sans être mou. Le public peut venir pour Laure Calamy et Vincent Macaigne, puis rester pour la manière dont le film regarde les liens qui survivent à la séparation. Ce n’est pas rien. Beaucoup de films confondent séparation et point final. Celui-ci sait que le point final sert surtout à rassurer les formulaires.
Pour une crise intime plus brutale, Die My Love pousse le malaise beaucoup plus loin. C’est quoi l’amour ? choisit une voie moins abrasive, plus accessible, mais pas vide. Il préfère le trouble domestique à la démonstration. Quand il assume cette modestie, il devient nettement plus attachant que son titre très frontal pouvait le laisser craindre.
Faut il voir C’est quoi l’amour au cinéma
Oui, si vous aimez les comédies dramatiques qui observent les adultes au moment où leur belle maturité commence à fuir par les coutures. C’est quoi l’amour ? a des défauts de confort, mais il a aussi une vraie précision affective. Il sait rire d’une situation absurde sans réduire ses personnages à des pantins sympathiques. C’est déjà plus que ce que proposent beaucoup de comédies françaises ravies de leur propre gentillesse.
Non, si vous attendez une satire féroce de la religion, du remariage ou de la famille recomposée. Le film n’a pas cette brutalité. Il préfère piquer, reculer, observer, puis laisser une scène respirer. Ce choix peut frustrer. Il donne aussi au récit une douceur moins bête qu’elle n’en a l’air. Le film garde ses personnages du côté des vivants, même quand ils se racontent des salades très bien repassées.
Mon avis reste largement positif. C’est quoi l’amour ? fonctionne parce qu’il part d’un détail administratif pour toucher quelque chose de très concret. Comment prouver qu’un amour n’a pas compté quand tout le monde porte encore ses traces. Le film aurait gagné à être plus mordant, mais sa justesse d’acteurs, son sens du groupe et son humour sec méritent la séance. Même les dossiers religieux n’avaient pas demandé autant de dégâts collatéraux.