Verdict : 3/5 — Critique Pour le meilleur en deux mots : histoire bouleversante, duo sincère, énergie communicative, mais biopic trop sage qui transforme parfois la vie de Philippe Croizon en belle leçon déjà sous-titrée pour être sûr qu’on ait bien compris.
- Titre : Pour le meilleur
- Réalisatrice : Marie-Castille Mention-Schaar
- Durée : 1h47
- Avec : Pierre Rabine, Lilly-Fleur Pointeaux, Sandrine Bonnaire, Corinne Masiero
- Genre : Comédie dramatique
- Sortie France : 22 avril 2026
Il faut commencer par séparer deux choses, parce que sinon on va faire de la critique avec des gants de cuisine. L’histoire de Philippe Croizon est immense. Le film qui la raconte, lui, est plus modeste, plus appliqué, et parfois beaucoup trop persuadé qu’une bonne intention suffit à tenir une scène.
Pour le meilleur raconte l’histoire d’amour entre Philippe, privé de ses quatre membres après un accident électrique, et Suzana Sabino, la femme qui va l’aider à retrouver un horizon, une famille, une envie, puis ce rêve fou de traverser la Manche à la nage. Sur le papier, c’est du cinéma prêt à dégainer les violons. Évidemment, les violons sont bien là. Ils avaient réservé au premier rang.
Une histoire vraie plus forte que la mécanique du biopic
Le meilleur du film tient dans ce qu’il ne peut pas inventer : le parcours de Philippe Croizon. Accident, coma, amputations, reconstruction, rencontre, famille recomposée, puis traversée de la Manche. On peut difficilement reprocher à la réalité de manquer de dramaturgie.
Marie-Castille Mention-Schaar s’appuie sur cette matière avec une volonté très claire : faire un film populaire, lisible, lumineux, accessible à un large public. Le choix se défend. Cette histoire mérite d’être partagée ailleurs que dans les archives d’émissions télé ou les livres de témoignage.
Le problème, c’est que le cinéma populaire n’oblige pas à tout simplifier. À force de vouloir rendre le récit inspirant, Pour le meilleur lisse parfois ce qui pourrait gratter. La douleur devient étape. Le doute devient obstacle. La résilience devient objectif narratif avec flèche directionnelle.
Ce n’est jamais indigne. C’est même souvent sincère. Mais le film manque parfois de zones troubles, de silences, de colère non résolue. Bref, de tout ce qui rend une vie plus complexe qu’un dossier de presse bienveillant.
👍 Points forts
- 🏊 Pierre Rabine apporte une présence très juste, loin du numéro démonstratif
- 💛 Le duo avec Lilly-Fleur Pointeaux donne au film ses scènes les plus humaines
- 👨👩👧 Le rôle de Suzana et des aidants est regardé avec une vraie tendresse
👎 Points faibles
- 🎻 La mise en scène insiste trop souvent sur l’émotion qu’on avait déjà comprise
- 📚 La structure de biopic reste très classique, avec ses étapes obligatoires bien rangées
- ✨ Le film protège tellement son sujet qu’il évite parfois la part rugueuse de l’expérience
Pierre Rabine et Lilly-Fleur Pointeaux sauvent les angles morts
Le choix de Pierre Rabine est l’une des grandes forces du film. Il ne joue pas Philippe Croizon comme un symbole posé sur un socle, ce qui nous évite déjà le musée des bonnes intentions. Il apporte au personnage une simplicité, une présence physique et une pudeur qui compensent plusieurs facilités d’écriture.
Lilly-Fleur Pointeaux a aussi un rôle essentiel. Suzana n’est pas seulement « la femme qui soutient », même si le film retombe parfois dans cette case un peu commode. Quand l’écriture lui laisse de l’espace, elle fait exister une femme avec sa fatigue, son désir, ses responsabilités, ses choix et son propre courage.
C’est là que Pour le meilleur devient intéressant. Pas quand il brandit l’exploit comme une affiche motivationnelle. Quand il regarde la logistique intime de l’amour. Aider quelqu’un, aimer quelqu’un, vivre avec quelqu’un, ce n’est pas un montage de sourires au ralenti. C’est du quotidien, de la patience, des gestes répétés, de l’injustice avalée, de la tendresse pas toujours spectaculaire.
Le film comprend cela par moments. Puis il se rappelle qu’il doit aussi faire pleurer au fond de la salle, et il ressort le grand vocabulaire du dépassement de soi. Dommage. Les scènes les plus fortes sont justement celles qui n’ont pas besoin de crier « inspiration » avec une banderole.
Un film populaire, mais un peu trop propre
La réalisation avance droit, sans trop salir ses chaussures. Les étapes sont claires, les ellipses bien polies, les moments d’émotion déposés là où le film avait prévu de les déposer.
La musique accompagne, souligne, pousse, revient vérifier si l’émotion est bien garée au bon endroit. On comprend l’intention, évidemment. Sur une histoire aussi chargée, la tentation du grand élan est forte. Mais plus le film appuie, plus il réduit la puissance de ce qu’il raconte.
Le paradoxe est là. La vie de Philippe Croizon est tellement hors norme que le film n’avait pas besoin d’en rajouter. Il pouvait se permettre davantage de sobriété, davantage de rugosité, davantage d’inconfort. Il choisit souvent la voie rassurante.
Ce choix peut expliquer pourquoi certains avis reprochent au film son côté trop sage, tandis que beaucoup de spectateurs semblent surtout retenir l’élan humain. Le film parle au cœur, et il le fait franchement. Mais le cœur, parfois, aimerait qu’on arrête de lui tenir la main toutes les cinq minutes.
Le bilan technique en un coup d’œil
Le film réussit mieux ses scènes humaines que ses grands moments programmés. Il devient touchant quand il reste près des corps, des regards et du quotidien. Il devient plus banal quand il se met à réciter le manuel du biopic inspirant.
| Critère | Note | Ce qui marche | Ce qui bloque |
|---|---|---|---|
| Scénario | 3/5 ⭐⭐⭐ | Parcours fort, couple central touchant, vraie lisibilité | Structure très balisée, peu de zones ambiguës |
| Interprétation | 3,5/5 ⭐⭐⭐✨ | Pierre Rabine et Lilly-Fleur Pointeaux rendent l’ensemble vivant | Seconds rôles parfois réduits à des fonctions narratives |
| Mise en scène | 2,5/5 ⭐⭐✨ | Clarté, rythme accessible, émotion immédiate | Trop illustrative, trop sage, trop accompagnée musicalement |
| Impact émotionnel | 4/5 ⭐⭐⭐⭐ | L’histoire fait son effet, surtout grâce au duo | L’émotion est parfois fabriquée au lieu d’être laissée vivre |
Mon verdict sans mouchoir promotionnel
Pour le meilleur est un film sincère, touchant, généreux, porté par une histoire que personne n’a besoin de gonfler pour qu’elle impressionne. Il peut faire du bien, et ce n’est pas un défaut. Le cynisme permanent fatigue aussi, même quand il porte une veste noire et parle de cinéma d’auteur.
Mais le film manque de nerf. Il respecte tellement son sujet qu’il l’arrondit. Pour émouvoir, il explique l’émotion. Pour inspirer, il finit parfois par ressembler à une conférence TED avec un peu plus de champ-contrechamp.
Heureusement, le duo central ramène de la chair. Quand Philippe et Suzana existent comme couple, comme famille, comme deux personnes qui bricolent une vie possible plutôt que comme machines à fabriquer de l’exemplarité, le film touche juste.
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Au final, c’est un biopic honorable, accessible, souvent émouvant, mais trop poli pour devenir vraiment marquant. À voir pour l’histoire, pour les acteurs, pour la lumière qu’il met sur les aidants et sur l’amour concret. À discuter ensuite pour ce qu’il ne bouscule pas assez. Parce que respecter une vie, ce n’est pas forcément la lisser jusqu’à ce qu’elle brille.
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