« Y’a pas de réseau », drôle ou pas ?
Parce que oui, sans grande surprise, Y’a pas de réseau est l’archétype même de la comédie familiale prévisible, convenue et calibrée. On voit fleurir ce genre de films formatés qui misent sur des recettes éprouvées plutôt que sur l’audace créative.
Ici, le réalisateur Édouard Pluvieux repompe sans vergogne la formule de Maman, j’ai raté l’avion (Home Alone) en la transposant dans les forêts des Pyrénées. Le résultat ? Un divertissement qui sent le réchauffé, sympathique par moments, certes, mais terriblement dénué d’originalité.
Formaté et sans surprise
Dès les premières minutes, tu devines le schéma narratif les yeux fermés. Deux gamins malins se retrouvent seuls face à deux malfrats idiots dans un gîte isolé, sans réseau téléphonique (merci l’antenne relais qui explose dès le début).
S’ensuit une série de pièges bricolés et de poursuites rocambolesques dans la maison, calqués sur le modèle du célèbre film de Chris Columbus. Le clin d’œil est même assumé jusqu’au bout, Maman, j’ai raté l’avion est cité explicitement par les personnages, au cas où on n’aurait pas compris la référence.
En gros, aucune surprise au programme. Même les méchants semblent copiés-collés, Gérard Jugnot et Maxime Gasteuil forment un duo père-fils de malfrats aussi bêtes que maladroits, dignes des bandits casseurs de la comédie de 1990, mais avec la malice en moins.
Pluvieux essaie bien d’actualiser la sauce avec des thèmes dans l’air du temps, mais c’est plus superficiel qu’autre chose. On évoque la protection de la nature (un ours blessé par l’explosion de l’antenne devient prétexte à un semblant d’écologie) et les dangers des ondes (nos deux hurluberlus criminels portent des casseroles en guise de casques façon théoriciens du complot pour ne pas être « tracés », il fallait oser).
Ces idées pourraient être intéressantes, sauf qu’elles ne servent que de décor cartoonesque à une intrigue ultra convenue. En sabotant le réseau téléphonique, les méchants isolent nos héros du monde, plus de téléphone, plus d’Internet… mais aussi, apparemment, plus aucune cohérence scénaristique.
On est censé accepter que deux adultes demeurés n’arrivent pas à attraper un môme asthmatique de 9 ans et sa demi-sœur de 11 ans déchaînée. Il faut dire que Jonas, le garçon, lit carrément du Dostoïevski pour passer le temps, probablement le moyen qu’a trouvé le film pour nous crier qu’il est plus futé que les adultes. Subtilité, bonjour.
Malgré tout, reconnaissons que Y’a pas de réseau fait le minimum syndical pour divertir les plus jeunes. Le rythme est enlevé, la durée courte (1h20) évite les temps morts, et le film assume son délire bon enfant jusqu’au bout.
On sent que Jugnot et Gasteuil se donnent à fond dans le surjeu et les cascades loufoques. Le problème, c’est qu’à force de vouloir tout miser sur le gag facile, la comédie se casse un peu la figure auprès du public adulte.
Aucune seconde lecture, aucun vrai enjeu émotionnel : on est vraiment sur du basique de chez basique. Et si tu espérais un soupçon d’originalité ou de finesse, détrompe-toi. Ici, on privilégie le slapstick et les grimaces, en laissant le cerveau à l’entrée.
👍 Points forts
- Rythme énergique et action bon enfant qui tient les enfants en haleine 😀
- Le duo Gérard Jugnot / Maxime Gasteuil s’amuse et réalise quelques gags efficaces 🤣
- Des références et caméos amusants pour les cinéphiles (mention spéciale à Bernard Farcy et à un faux Johnny 🤨)
👎 Points faibles
- Scénario sans originalité calqué sur *Maman, j’ai raté l’avion* 😴
- Humour souvent lourd et très puéril (pipi-caca, surjeu constant) 🙄
- Énormes incohérences et facilités (les parents qui ne s’inquiètent de rien, physique cartoon sans conséquences)
Humour potache et action cartoonesque
On ne va pas se mentir, l’humour de Y’a pas de réseau vole bas, très bas. Gérard Jugnot et Maxime Gasteuil cabotinent à outrance, formant un tandem de pieds nickelés qui enchaînent les idioties.
Le père, surnommé Viking, et son fiston Delta rivalisent de stupidité à l’écran, avaler du plastic explosif en croyant que c’est du sucre, confondre des mots, se prendre des portes et des poêles en pleine figure…
Ils sont tellement bêtes qu’ils en deviennent presque attachants, du moins pour les enfants qui riront de les voir se vautrer. Les adultes, eux, lèveront les yeux au ciel devant ce concours de débilité. Jugnot fait du Jugnot, en clown grognon mais bon bougre, et Gasteuil joue le grand benêt de service avec enthousiasme.
Leur duo comique évoque par moments les vieilles pairs burlesques du cinéma français façon Gendarmes à Saint-Tropez ou Les Sous-doués, c’est dire si ça sent le réchauffé nostalgique. Face à eux, les deux enfants (Roxane Barazzuol et Roman Angel) s’en sortent honorablement.
Les gamins sont vifs, dégourdis, et réalisent même certaines cascades eux-mêmes, le jeune Jonas libérant un véritable ours pris au piège dans un câble électrique, il fallait le faire !
On apprécie aussi l’apparition éclair de Zabou Breitman en propriétaire snobinarde complètement perchée, ou de Bernard Farcy en gendarme local dépassé (il se glisse même une réplique clin d’œil à son rôle culte dans Taxi).
Le film tente de compenser la simplicité de son intrigue par une avalanche de gags et de clins d’œil. Ça part dans tous les sens, pour le meilleur et pour le pire.
Quelques exemples :
- Les enfants truffent la maison de pièges en tout genre (seaux d’eau, fils à la patte, et autres classiques du Home Alone-made in France).
- Gérard Jugnot apparaît à un moment affublé d’un costume de Père Noël quelques secondes, histoire de rappeler son vieux succès des années 80, clin d’œil gratuit mais amusant.
- Bernard Farcy glisse un « ça me rappelle une course de taxis à Marseille » (oui oui, référence directe à Taxi), juste pour faire sourire les parents dans la salle.
- On aperçoit même un sosie de Johnny Hallyday surgir dans le potager familial, gag absurde qui sort de nulle part (et qui fera peut-être marrer ceux qui aiment l’humour non-sensique).
Ces références pop culture, de Top Gun à Shining en passant par Terminator, sont disséminées un peu partout. Elles font office de petits clins d’œil aux adultes dans un film clairement pensé pour les enfants.
On avoue avoir souri à certains de ces hommages surprenants. Cependant, aligner des références connues ne suffit pas à faire une bonne comédie. À force de vouloir faire du neuf avec du vieux, Y’a pas de réseau finit surtout par souligner à quel point il lui manque une identité propre.
Bilan et verdict
Au final, Y’a pas de réseau est une comédie familiale inégale qui fera rire les plus jeunes aux éclats, tout en laissant les plus grands sur la touche. Si tu as moins de 12 ans (d’âge ou d’esprit 😜), tu passeras sans doute un bon moment devant ce Home Alone sauce française plein de boucan et de grimaces.
Le film remplit sa mission de divertissement burlesque à 100%, pour peu qu’on accepte de mettre son cerveau en mode avion pendant 80 minutes. En revanche, si tu espérais une comédie un tant soit peu inventive ou subtile, tu risques de trouver le temps long.
Y’a pas de réseau manque cruellement de barrettes sur l’échelle de l’originalité, et sa connexion avec le public adulte est pour le moins instable.
| Critère | Note sur 5 | Note sur 10 | Appréciation |
|---|---|---|---|
| Scénario | ⭐⭐☆☆☆ | 4/10 | Copié-collé sans surprise |
| Humour | ⭐⭐☆☆☆ | 5/10 | Gags inégaux, très enfantins |
| Acteurs | ⭐⭐⭐☆☆ | 6/10 | Duo comique énergique, jeu caricatural |
| Réalisation | ⭐⭐☆☆☆ | 4/10 | Classique et plate |
Pour terminer, Y’a pas de réseau ne révolutionne rien du tout. Cette comédie mal câblée amuse ponctuellement grâce à l’abattage de ses acteurs et à son rythme effréné, mais elle reste prisonnière de son modèle et de son humour bas de gamme. À voir avec les enfants un dimanche pluvieux, sans trop en attendre. Pour les autres, passe ton chemin… y’a pas de réseau ici.


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