Noter post

Verdict 3 sur 5. Critique Les Goûteuses d’Hitler film 2026, avis sur le drame historique de Silvio Soldini, sorti en France le 20 mai 2026, avec Elisa Schlott, Max Riemelt, Alma Hasun et Emma Falck. Rosa Sauer arrive en Prusse orientale, croit surtout devoir attendre un mari parti au front, puis se retrouve forcée de goûter les repas destinés à Hitler. Une idée de cinéma très forte, presque trop forte. Le film la traite avec sérieux, parfois avec finesse, parfois avec une prudence qui donne envie de secouer la nappe.

  • Titre Les Goûteuses d’Hitler
  • Titre original Le assaggiatrici
  • Réalisation Silvio Soldini
  • Scénario Doriana Leondeff, Silvio Soldini, Cristina Comencini, Giulia Calenda, Ilaria Macchia, Lucio Ricca
  • Distribution Elisa Schlott, Max Riemelt, Alma Hasun, Emma Falck, Olga von Luckwald
  • Genre drame historique
  • Sortie France 20 mai 2026
  • Durée 2 h 03
bande annonce Les Goûteuses d’Hitler film Silvio Soldini

Le film adapte le roman de Rosella Postorino, lui-même inspiré par le témoignage tardif de Margot Wölk. Cette origine pèse sur chaque scène. Soldini ne filme pas seulement une anecdote historique macabre. Il filme un corps placé dans un système où manger devient un travail, une punition, une humiliation et une loterie médicale. Tout est là. La faim, la peur, la culpabilité, la survie, le soupçon entre femmes, la violence d’un régime qui transforme même un repas en opération militaire.

Le problème, c’est que le film a parfois tellement peur d’abîmer son sujet qu’il l’emballe dans un drame très poli. Pas honteux. Pas raté. Juste trop rangé pour une histoire qui exige un peu de désordre, de sueur, de mauvais goût au fond de la bouche.

Le film a raison de placer le danger dans la routine. Chaque repas ressemble à une procédure froide, ce qui rend la peur plus sèche qu’un grand numéro de tension.

Un sujet qui serre vite le ventre

La meilleure idée des Goûteuses d’Hitler tient à sa mécanique. Ces femmes ne combattent pas. Elles ne décident pas. Elles mangent. Puis elles attendent. Le danger arrive après la bouchée, dans ce temps mort où le corps cherche le signe d’un poison. Le cinéma adore les comptes à rebours visibles. Ici, le compte à rebours se loge dans l’estomac. Le film le comprend très bien dans ses premières scènes.

Rosa n’a pas besoin de longs discours pour devenir intéressante. Elle est déplacée, coupée de son ancienne vie, coincée dans une maison qui ne lui appartient pas vraiment. Elisa Schlott joue d’abord la fatigue plus que la panique. C’est un bon choix. La peur frontale arrive vite au cinéma. La peur administrative, celle qui oblige à se présenter, s’asseoir, avaler, sourire un minimum et recommencer demain, demande davantage de patience.

Soldini filme les repas avec une attention sèche. Les couverts, les regards, les gestes automatiques, les corps qui se surveillent. La scène n’a pas besoin de violons ni de grandes grimaces. Quand une bouchée devient un test de survie, la dramaturgie est déjà servie. Le film n’a plus qu’à tenir la distance.

Silvio Soldini choisit la précision plutôt que le choc

La mise en scène ne cherche pas la sidération. Elle préfère les cadres propres, les couleurs ternes, les visages saisis dans une lumière qui refuse le confort. Cette retenue a du bon. Elle évite le musée traumatique, les violons plaintifs, les gros plans qui réclament une larme au spectateur avec la discrétion d’un contrôleur dans un train vide.

Le film travaille mieux quand il laisse les femmes occuper le cadre ensemble. La peur ne les rend pas automatiquement solidaires. Elle les durcit, les rapproche, les oppose, les rend parfois injustes. C’est là que le récit trouve son nerf. Il montre un groupe obligé de partager le même danger sans partager le même rapport à la faute, au désir de vivre, à la honte. Le nazisme reste hors champ direct, mais son efficacité est partout dans l’organisation des gestes.

Cette retenue finit aussi par limiter le film. À force de rester digne, il devient parfois sage. Le cadre est beau, le rythme est soigné, les scènes se répondent avec application. Très bien. Mais une histoire pareille ne devrait pas toujours donner l’impression d’avoir été rangée avant la projection presse.

La force du film vient des scènes de repas. Soldini y trouve une tension simple, concrète, presque physique, sans transformer chaque bouchée en démonstration appuyée.

Elisa Schlott donne au film son meilleur regard

Elisa Schlott porte le film avec une tenue remarquable. Rosa observe avant de comprendre, encaisse avant de nommer, puis apprend à calculer ce qu’elle peut encore garder pour elle. Le rôle pourrait devenir une victime modèle, très noble, très présentable, très prête pour le dossier de presse. L’actrice lui donne une part plus trouble. Rosa veut vivre. Ce désir n’a rien de pur, et c’est justement ce qui le rend crédible.

Max Riemelt, en officier chargé de surveiller ce petit théâtre de la faim, apporte une ambiguïté utile. Son personnage peut protéger, menacer, désirer, punir. Le film joue sur ce flou avec assez d’intelligence pour éviter le simple uniforme séduisant. Il reste un agent du système, même quand le récit cherche une faille intime. Cette ligne est tenue, mais pas toujours avec la même dureté.

Les autres femmes donnent au film son relief humain. Alma Hasun, Emma Falck et Olga von Luckwald composent un groupe où chaque réaction paraît possible. La colère, la peur, l’adaptation, la jalousie, la fatigue. Le récit aurait gagné à leur laisser encore plus de place. À chaque fois que le film revient vers elles, il retrouve une vérité plus intéressante que son intrigue sentimentale.

Le problème vient du romanesque

Le cœur fragile du film, c’est la relation entre Rosa et l’officier. Sur le papier, l’axe a du sens. Dans une machine de domination, le moindre geste moins brutal peut devenir une promesse. Le film peut alors observer une confusion morale, pas une romance confortable. À ses meilleurs moments, il y arrive. Rosa ne choisit pas dans un monde libre. Elle négocie avec ce qui reste.

Mais le récit insiste trop. Il donne au lien une place qui affaiblit parfois la force collective du film. L’histoire des goûteuses a déjà une puissance folle. Le danger quotidien, la communauté contrainte, la nourriture devenue menace, tout cela suffit largement. Quand le film pousse la tension vers un axe plus intime, il gagne en romanesque et perd en brutalité. C’est le marché, et le prix paraît un peu cher.

Ce défaut rappelle un piège fréquent du drame historique. Le film veut parler d’un système, puis se rassure avec une relation centrale plus facile à vendre. Dommage. Les scènes entre femmes sont plus dures, plus neuves, plus dérangeantes. Le reste fonctionne, mais avec une élégance parfois trop commode.

La relation entre Rosa et l’officier prend trop d’espace. Le film devient moins tranchant dès qu’il préfère l’ambiguïté intime au groupe de femmes sous contrainte.

Un film historique moins fort que son sujet

Il faut le dire franchement. Les Goûteuses d’Hitler vaut mieux que beaucoup de drames historiques compassés. Il a un vrai point de vue sensoriel, une actrice principale solide, quelques scènes de groupe très tendues. Il comprend que la terreur ne passe pas seulement par les cris. Elle passe aussi par l’horaire, la table, le contrôle médical, la peur de mourir après avoir avalé quelque chose de banal.

Il manque pourtant une pointe de saleté. Le film parle de faim, de poison, de corps réquisitionnés, mais reste souvent très propre dans sa manière de montrer la dégradation. On sent la main appliquée du cinéaste. On aimerait parfois une scène moins tenue, un silence plus dangereux, une coupe plus sèche. Le film sait ce qu’il raconte. Il ne sait pas toujours jusqu’où il peut aller.

Ce n’est pas un petit reproche de spectateur en manque de sensation. C’est une question de cohérence. Si le sujet dit que le corps est confisqué, l’image doit faire sentir cette confiscation. Soldini y parvient par éclairs. Le reste du temps, il reste dans un cinéma honorable, sérieux, propre sur lui. L’horreur historique mérite parfois moins de tenue et plus de nerfs.

Le tableau de l’avis

Rubrique Note Ce qui marche Ce qui coince
Interprétation 4 sur 5 Elisa Schlott tient Rosa entre fatigue, peur et calcul Certains seconds rôles restent trop vite esquissés
Mise en scène 3,5 sur 5 Repas tendus, cadres précis, belle gestion du groupe Une retenue parfois trop confortable
Scénario 3 sur 5 Point de départ puissant, enjeu corporel très lisible Le romanesque prend trop de place
Impact historique 3 sur 5 La routine de la terreur est bien rendue Le film reste moins violent que ce qu’il raconte
Impact final 3 sur 5 Un drame sérieux, solide, porté par une vraie actrice Un sujet immense traité avec trop de prudence

À qui conseiller Les Goûteuses d’Hitler

Le film parlera aux spectateurs qui aiment les drames historiques centrés sur un angle précis, avec une tension morale plus qu’un grand spectacle. Il peut aussi intéresser celles et ceux qui cherchent un récit sur la survie ordinaire, sur la faim et sur la peur utilisée comme méthode de contrôle. Si tu attends une œuvre très rugueuse, tu risques de trouver l’ensemble un peu trop bien coiffé.

Dans les critiques récentes du site, le film dialogue avec critique Michael, autre récit où le contrôle de l’image finit par étouffer une part de vérité. Pour un rapport plus frontal au corps attaqué et au malaise, critique Obsession pousse plus loin le refus du confort.

Le film risque de diviser parce qu’il refuse le choc frontal tout en restant trop sage pour laisser son sujet vraiment griffer.

Mon avis final sur Les Goûteuses d’Hitler

Les Goûteuses d’Hitler est un film estimable, parfois très juste, jamais idiot. Il a pour lui un sujet rare, une actrice principale précise et des scènes de repas qui installent une vraie tension physique. Il a contre lui une prudence persistante, comme si la mise en scène n’osait pas salir assez son beau dispositif.

J’en sors partagé. Le film mérite l’attention, surtout pour ce qu’il raconte de la peur transformée en routine. Il frustre aussi, parce qu’un tel sujet pouvait mordre davantage. Soldini signe un drame historique solide, digne, bien interprété. Très bien. Reste que cette histoire ne demandait pas seulement de la dignité. Elle demandait une mise en scène prête à laisser un vrai mauvais goût. Là, le plat est servi chaud, mais l’assiette revient presque trop propre.

Tu vas aimer :

+ There are no comments

Add yours