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Verdict 3 sur 5. I Want Your Sex marque le retour de Gregg Araki au long métrage de fiction, avec Olivia Wilde en artiste provocatrice, Cooper Hoffman en assistant trop docile, Charli xcx en petite amie coincée dans une humeur clinique, et tout un discours sur désir, consentement, domination, génération prudente et art contemporain. Le programme annonce une comédie érotique nerveuse, pop, incorrecte et vaguement policière. Il y a de l’énergie, de vraies scènes drôles, un casting qui joue sans pincettes. Il y a aussi beaucoup de phrases qui expliquent le scandale supposé, ce qui reste la manière la moins scandaleuse de faire du cinéma.

Araki n’a jamais eu besoin d’être propre pour être intéressant. Ici, il veut secouer un public qu’il suppose crispé devant la sexualité, puis il organise son film autour d’Elliot, jeune homme sans élan, embauché par Erika Tracy, artiste célèbre et prédatrice assumée. Elle le transforme en muse sexuelle, il accepte, puis le récit ajoute manipulation, jalousie, intrigue criminelle, thérapie morale et vieux fantasmes de comédie noire. Sur le papier, le film a tout pour gêner. À l’écran, il amuse souvent, dérange moins qu’il ne le croit, et finit par parler trop fort de ce qu’il prétend laisser exploser.

  • Réalisation Gregg Araki
  • Scénario Gregg Araki et Karley Sciortino
  • Distribution Olivia Wilde, Cooper Hoffman, Charli xcx, Chase Sui Wonders, Daveed Diggs, Mason Gooding, Margaret Cho, Johnny Knoxville
  • Genre comédie érotique, thriller, satire
  • Sortie France 29 juillet 2026
  • Durée 1 h 30
  • Classification interdit aux moins de 12 ans

bande annonce I Want Your Sex Gregg Araki Olivia Wilde

Un retour qui sait très bien vendre son agitation

La première force de I Want Your Sex tient à son refus de la timidité visuelle. Les décors saturés, les costumes trop voyants, les objets d’art ridicules et la lumière rose donnent au film une identité immédiate. Araki filme Erika comme une patronne qui a compris que la provocation rapporte mieux quand elle se vend avec un éclairage impeccable. Olivia Wilde entre dans ce dispositif avec un plaisir évident. Elle ne cherche pas à rendre Erika aimable. Elle la rend précise, dure, souvent drôle, parfois insupportable. C’est déjà plus intéressant que la noble ambiguïté servie d’ordinaire avec les personnages toxiques, cette soupe tiède qui permet à tout le monde de sauver sa conscience.

Cooper Hoffman joue l’inverse avec une maladresse travaillée. Elliot a l’air trop poli pour fuir, trop flatté pour comprendre, trop passif pour devenir tragique. Le film observe bien cette passivité au début. Il y a dans son corps une hésitation permanente, une gêne qui rend la relation avec Erika plus inquiétante que les accessoires érotiques autour d’eux. La meilleure idée du film est là. Le malaise ne vient pas de ce qui est montré, mais du rythme auquel Elliot abandonne sa volonté. Araki le sait. Puis il décide souvent d’ajouter une blague, une réplique programmatique, un rappel de thème. C’est dommage. Quand le film se tait trois minutes, il devient plus cruel.

Olivia Wilde donne au film sa meilleure tenue. Elle joue Erika avec une assurance sèche, sans demander au public de la plaindre ou de l’admirer.

Olivia Wilde domine, le film suit moins bien

Le rôle d’Erika Tracy est le centre de gravité du film, même quand le scénario prétend s’intéresser à l’apprentissage d’Elliot. Wilde comprend la dimension comique du personnage sans la transformer en numéro permanent. Elle parle, ordonne, provoque, corrige, séduit, humilie, et chaque scène semble plus nette dès qu’elle revient. Elle donne au film une agressivité utile. Pas une agressivité vague. Une agressivité de regard, de diction et de placement dans le cadre. On sent une actrice qui connaît la posture de pouvoir et qui s’amuse à la rendre franchement laide par moments.

Le problème, c’est que le film n’a pas toujours le même courage. Il voudrait traiter la relation entre Erika et Elliot comme une zone trouble, mais il garde souvent une sortie de secours morale bien visible. La domination devient un sujet de dialogue. Le consentement devient un sujet de dialogue. La Gen Z devient un sujet de dialogue. L’art contemporain devient un sujet de dialogue. À force, le film ressemble parfois à une discussion brillante que la mise en scène illustre avec des néons. Ce n’est pas honteux. C’est juste moins coupant que prévu. Pour un cinéaste aussi lié au désordre sentimental et sexuel, cette envie d’expliquer fatigue vite.

Hoffman reste solide dans cette structure. Il évite de jouer l’innocence niaise. Elliot n’est pas seulement une victime docile. Il aime aussi ce que la relation lui permet de croire sur lui-même. Il aime être choisi. Il aime recevoir une identité prête à porter. Le film touche quelque chose de juste quand il montre ce désir d’être défini par plus fort que soi. Puis l’intrigue policière vient épaissir le programme. Pas toujours pour le meilleur. L’enquête apporte une relance, quelques ruptures de ton, mais aussi une simplification du trouble initial. Quand un film ne sait plus quoi faire de son malaise, il trouve souvent un cadavre. C’est pratique, mais rarement très fin.

Le film est plus convaincant dans les scènes de pouvoir intime que dans son emballage de thriller. Le mystère clarifie trop ce qui devait rester sale.

Une satire sexuelle qui préfère nommer ses cibles

I Want Your Sex veut parler d’une génération qui aurait peur du corps, des rapports de pouvoir dans le travail, de la performance artistique, du désir transformé en posture sociale. Ces sujets sont là, clairement. Parfois trop clairement. Araki sait construire des situations qui font rire par gêne. L’entretien d’embauche d’Elliot, les premières scènes dans l’atelier, les discussions avec Minerva et Apple possèdent un sens réel du timing. Charli xcx a une froideur amusante, Chase Sui Wonders apporte une présence plus nerveuse, et Mason Gooding donne de l’air aux scènes de groupe. Le casting secondaire comprend le ton, ce qui évite au film de devenir une conférence costumée.

Mais la satire appuie trop souvent sur ses propres boutons. Erika dit ce qu’elle représente. Elliot dit ce qu’il ressent. Les personnages commentent le désir, la honte, la prudence et la transgression avec une netteté qui enlève une partie du poison. On n’a pas besoin que chaque scène indique son angle pour la notice critique. Le spectateur peut comprendre sans qu’on lui pose les pièces une par une devant le nez. Araki a encore le sens de l’image outrée, du mauvais goût assumé, de la scène qui dérape. Il semble pourtant moins confiant dès qu’il faut laisser ce dérapage parler seul.

Le film n’est jamais vraiment ennuyeux. C’est déjà une qualité, surtout face à tant de sorties récentes qui confondent audace et éclairage sombre. Mais il devient répétitif dans sa manière d’opposer liberté sexuelle et prudence contemporaine. Le discours a du mordant au départ, puis il insiste. La provocation perd en force quand elle se répète avec la satisfaction de celui qui pense avoir tout compris. Araki vise une époque saturée de contrôle verbal, de peur sociale et de rapports intimes surveillés. Le sujet mérite mieux qu’une série de répliques bien envoyées. Il mérite une mise en scène qui accepte de créer un vrai inconfort durable.

La satire manque parfois de confiance dans ses images. Elle nomme trop ses intentions, au lieu de laisser les scènes devenir vraiment embarrassantes.

Un thriller qui range le désordre trop proprement

Le versant thriller fonctionne par à-coups. L’idée d’une relation de pouvoir qui glisse vers la manipulation, la trahison et le crime peut nourrir un film très sec. Araki choisit une voie plus joueuse, avec récit rétrospectif, personnages secondaires outrés et suspense volontairement artificiel. Le procédé a du charme parce qu’il assume son goût du faux. On n’est pas dans une enquête réaliste. On est dans un récit où les poses, les costumes et les pulsions fabriquent presque autant de preuves que les faits. Sur ce plan, I Want Your Sex garde une cohérence.

La limite vient de la résolution. Le film veut garder son rire, son désir de scandale et son besoin de réordonner les responsabilités. Ces trois envies se neutralisent parfois. Plus l’intrigue avance, plus elle transforme les zones grises en cases lisibles. Erika devient moins imprévisible. Elliot devient plus explicable. Apple et Minerva servent surtout à éclairer ce que le récit pense de lui. Le plaisir reste là, parce que les acteurs gardent le rythme. Mais le trouble se réduit. Pour une comédie qui revendique la confusion des désirs, c’est un peu agaçant de finir avec autant de panneaux de signalisation.

Cette faiblesse apparaît encore plus quand on compare le film à d’autres objets de genre chroniqués sur le site. The Last Viking assumait une farce noire bancale, parfois trop forcée, mais son étrangeté restait moins domestiquée. Evil Dead Burn avait ses défauts, mais le film comprenait que le corps au cinéma ne se résume pas à un sujet de débat. I Want Your Sex est plus spirituel que ces deux exemples, plus bavard aussi. Il réfléchit beaucoup à sa propre provocation. Trop souvent, on aimerait qu’il arrête de vérifier si le public a bien pris note.

Tableau critique

Élément Ce qui fonctionne Ce qui coince
Olivia Wilde Elle impose Erika avec une dureté comique très précise Le scénario explique trop souvent ce que sa présence suffit à faire comprendre
Cooper Hoffman Il donne à Elliot une passivité moins simple qu’elle n’en a l’air Le récit finit par lisser ses contradictions pour avancer plus vite
Mise en scène Les décors pop et la lumière donnent une identité visuelle immédiate L’image accompagne parfois le discours au lieu de le contredire
Satire Les scènes de pouvoir au travail ont une gêne efficace Les dialogues résument trop les thèmes avec une application scolaire
Thriller L’enquête ajoute un rythme joueur et quelques ruptures utiles La résolution réduit le trouble sexuel et moral du début

Une comédie plus drôle que dangereuse

Le meilleur de I Want Your Sex vient de ses scènes comiques. Le film sait très bien rendre ridicule la posture d’artiste transgressive, le fantasme du jeune assistant choisi par une patronne célèbre, et la gêne d’une époque qui veut parler de tout sans jamais perdre le contrôle. Certaines répliques claquent juste. Plusieurs situations sont assez méchantes pour réveiller la séance. Margaret Cho et Johnny Knoxville apportent aussi un léger plaisir de polar absurde, sans voler le film aux trois personnages principaux. On rit, parfois franchement. On rit aussi parce que le film ose rester de mauvais goût, ce qui devient presque rare dans un cinéma américain obsédé par la validation préalable.

Ce plaisir comique rend les limites plus visibles. Le film est à son meilleur quand il attaque les postures, pas quand il tente de produire une pensée complète sur la sexualité contemporaine. Il confond par moments audace et insistance. Il croit encore que montrer des corps, des accessoires et des rapports de domination suffit à créer du danger. En réalité, le danger vient surtout de la place d’Elliot dans le désir d’Erika, de sa manière d’accepter l’humiliation, de la facilité avec laquelle une relation privée devient une extension du travail. Là, le film tient quelque chose. Dès qu’il élargit trop, il se dilue.

Reste que cette comédie érotique conserve une vitalité rare. Elle n’a pas peur d’être excessive, elle laisse ses acteurs se salir un peu, elle ne transforme pas chaque scène en demande d’excuse. C’est déjà appréciable. On peut seulement regretter qu’Araki, cinéaste longtemps plus brutal dans ses intuitions, paraisse ici parfois pressé de prouver qu’il sait exactement ce qu’il fait. Le vrai désordre ne demande pas autant de justificatifs. Le film amuse, excite par endroits, irrite souvent. Une bonne séance, donc, mais pas le grand retour mal élevé que le titre essaie de vendre.

Faut-il voir I Want Your Sex au cinéma

Oui, si tu veux une comédie érotique adulte, portée par une Olivia Wilde franchement investie, un Cooper Hoffman plus subtil que son personnage passif ne le laisse croire, et un Gregg Araki encore capable de remplir un cadre avec autre chose que de la prudence industrielle. En salle, le film profite de sa couleur, de son rythme, de ses excès et de son casting. Il a une personnalité, ce qui mérite déjà d’être noté au milieu des sorties qui sentent le produit validé par six réunions.

Non, si tu attends un film vraiment dangereux, capable de secouer le rapport au désir sans s’arrêter toutes les dix minutes pour expliquer le sujet. I Want Your Sex provoque, mais il verbalise trop sa provocation. Il amuse, mais il range trop vite ses contradictions. La note de 3 sur 5 vient de là. Le film a du nerf, une actrice principale excellente, plusieurs scènes qui font mouche, et une mise en scène qui refuse la fadeur. Il reste aussi moins indécent, moins trouble et moins libre qu’il ne le croit. Le titre promet la sueur. Le film livre surtout une comédie piquante, très consciente d’elle-même, parfois excellente, parfois bavarde jusqu’à l’agacement.

I Want Your Sex vaut il la séance au cinéma

Oui pour Olivia Wilde, l’énergie pop et plusieurs scènes franchement drôles, moins pour ceux qui attendent un film vraiment dérangeant.

Quelle note pour I Want Your Sex

La note CestQuelFilm est de 3 sur 5. Le film amuse et a du style, mais il parle trop de sa propre provocation.

Le film de Gregg Araki est il vraiment provocant

Il reste provocant dans son sujet et son ton, mais il devient moins dangereux quand ses dialogues expliquent trop ses intentions.

Faut il connaître Gregg Araki avant I Want Your Sex

Non. Connaître ses anciens films aide à mesurer le retour, mais l’intrigue se comprend sans bagage particulier.

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