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Verdict 3 sur 5. Critique Pour le plaisir, film de Reem Kherici, sorti en France le 6 mai 2026, avec Alexandra Lamy, François Cluzet, Mitty Hazanavicius, Reem Kherici, Kyan Khojandi et François Xavier Demaison. Fanny avoue après vingt ans de mariage qu’elle n’a jamais connu l’orgasme avec Tom. Tom, ingénieur piqué dans son honneur de mari performant, répond par l’invention. Le cinéma français retombe donc sur une évidence que certains personnages découvrent en tremblant. Écouter coûte moins cher qu’un prototype.

  • Titre Pour le plaisir
  • Réalisation Reem Kherici
  • Scénario Reem Kherici et Gari Kikoïne
  • Distribution Alexandra Lamy, François Cluzet, Mitty Hazanavicius, Reem Kherici, Kyan Khojandi et François Xavier Demaison
  • Genre comédie
  • Sortie France 6 mai 2026
  • Durée 1 h 29
bande annonce Pour le plaisir film 2026

Pour le plaisir arrive avec un démarrage solide, presque 50 000 entrées en première journée dans 454 salles, avant premières comprises. Voilà un indice propre. La comédie française tient un sujet vendable, un couple populaire, une promesse de rire adulte et un thème que le cinéma traite souvent avec la délicatesse administrative d’un dossier perdu.

Reem Kherici ne signe pas une thèse sur le plaisir féminin. Elle signe une comédie populaire qui veut parler de désir, de gêne, de couple, de silence, puis vendre tout ça sans faire fuir le public venu pour Alexandra Lamy et François Cluzet. L’équilibre existe. Le film le trouve par moments. À d’autres, il se retient au moment précis où il fallait appuyer.

Pour le plaisir part d’un tabou réel, pas d’un prétexte graveleux. Le film gagne quand il écoute Fanny, puis perd du nerf dès que Tom ressort son réflexe de réparateur.

Un sujet plus fort que le film

Le point de départ fonctionne parce qu’il est simple, gênant et immédiatement lisible. Fanny n’a jamais connu l’orgasme avec son mari. Tom l’apprend, encaisse, puis réagit par réflexe technique. Au lieu d’écouter d’abord, il veut fabriquer. Rien ne résume mieux la panique masculine face à un problème intime qu’un homme qui transforme un aveu en chantier.

Le film s’inspire de l’histoire du Womanizer, cet objet devenu symbole commercial d’un plaisir féminin moins traité comme un mystère domestique. Sur le papier, la matière est excellente. Il y a du couple, de la honte, du business, de la science bricolée, du patriarcat en chaussettes, et cette vieille habitude de faire passer le désir féminin après les solutions pensées par les autres.

Pour le plaisir touche juste quand il regarde ce que le secret a produit chez Fanny. La gêne, la fatigue d’avoir simulé l’équilibre, le poids d’un mariage heureux en surface, mais bancal dans l’intime. Alexandra Lamy rend cela très concret. Elle peut sourire, se fermer, relancer une scène, puis laisser passer une lassitude que le film aurait gagné à suivre plus longtemps.

Alexandra Lamy donne au film son centre nerveux. Elle fait exister Fanny sans posture de victime, avec une lassitude sèche et des silences plus éloquents que les gags autour d’elle.

Une comédie adulte dans un emballage prudent

Reem Kherici choisit le grand public. Rien de honteux là dedans. Une comédie populaire peut traiter un sujet intime avec précision, à condition de ne pas lisser chaque angle dès que la scène devient inconfortable. Pour le plaisir avance souvent sur cette limite. Il veut ouvrir la parole, mais laisse rarement le malaise durer. Tout le monde rentre chez soi intact. Le film aussi, hélas.

Les scènes les plus réussies sont celles où le rire naît d’un décalage concret. Tom veut bien faire, mais il pense mal. Son orgueil se déguise en dévouement. Son amour devient méthode. Sa méthode devient pression. Le film tient là un bon moteur comique, presque cruel. Il dit beaucoup sur ces couples qui confondent attention et contrôle, puis s’étonnent que la discussion tourne court.

Le souci vient des moments où la mise en scène arrondit tout. Les disputes se rangent vite. Les malaises deviennent des passages utiles plutôt que des secousses durables. Le film parle d’un sujet qui devrait désorganiser le couple, la famille, le regard sur soi. Il préfère souvent rester dans une zone chaleureuse. Agréable, oui. Trop sage, aussi.

Le film veut traiter un tabou sans perdre son confort de comédie accessible. Plusieurs scènes touchent juste, puis rentrent dans le rang avant d’avoir vraiment dérangé.

François Cluzet joue le mari qui veut réparer

François Cluzet trouve vite le ton de Tom. Un homme qui aime sa femme, mais qui reçoit son aveu comme une panne personnelle. Ce n’est pas seulement drôle. C’est même assez précis. Le personnage incarne cette vieille idée selon laquelle un homme devrait résoudre le désir de l’autre au lieu de demander ce que l’autre ressent. Programme admirable. Aucun risque de catastrophe, vraiment.

Le film l’utilise d’abord avec justesse. Tom n’est pas un monstre. Il n’est pas méchant. Il est pire pour une comédie conjugale, il est persuadé d’être logique. Le scénario tire plusieurs scènes de cette contradiction. Plus Tom cherche une solution, plus il prouve qu’il n’a pas encore compris la question. Le gag tient parce qu’il a un fond social net.

Le problème, c’est que le film reste attaché à lui. Il refuse de le malmener trop longtemps. Cluzet peut jouer la gêne, le déni, l’agacement, la tendresse maladroite. Il a l’outil pour aller plus loin. Le récit, lui, préserve une sympathie constante. On comprend le calcul commercial. On regrette la prudence critique.

Reem Kherici choisit le contrôle

La réalisation est claire, rythmée, très lisible. Rien ne traîne longtemps. Les scènes s’enchaînent avec une efficacité de comédie française calibrée pour ne jamais perdre le spectateur. Le revers tient dans cette même propreté. Le film manque parfois de désordre, alors que son sujet réclame de l’embarras, des silences qui durent, des regards qui ne savent plus où se poser.

Quand Pour le plaisir accepte cette gêne, il devient bien meilleur. Il montre une femme qui reprend la parole, un mari qui se découvre moins moderne qu’il ne le croyait, un couple obligé de regarder sous le tapis. Quand il se réfugie dans le gag plus attendu, il redevient un véhicule sympathique pour comédiens connus. Pas honteux. Juste moins mordant que promis.

Mitty Hazanavicius, Kyan Khojandi et François Xavier Demaison apportent de l’air autour du duo central. Le film a le bon réflexe de ne pas rester enfermé dans la chambre conjugale. Il met le sujet en circulation, dans la famille, dans les échanges amicaux, dans l’idée même de ce qu’un couple ose dire ou préfère garder sous clef. Là, la comédie respire mieux.

Pour le plaisir tient dans cette tension entre parole intime et format grand public. Le tiraillement donne ses meilleures scènes et marque aussi ses limites.

Le film vend un objet et parle surtout d’écoute

L’invention du Womanizer donne au film une accroche facile, presque trop facile. Un objet, une promesse, une révolution intime emballée dans une histoire de couple. Le danger était évident. Transformer la libération sexuelle en démonstration de produit, avec le mari ingénieur dans le rôle du génie tardif. Merci pour le service après vente du plaisir féminin.

Pour le plaisir évite en partie ce piège parce qu’il revient souvent à Fanny. Le sujet n’est pas seulement l’objet. Le sujet reste ce qu’elle n’a pas dit, ce qu’elle a laissé passer, ce qu’elle a cru devoir accepter pour que le couple reste agréable. Ces zones sont plus fortes que les scènes d’invention. Le film le sait, mais ne leur donne pas toujours assez de temps.

Le plus intéressant n’est donc pas la réussite du prototype. C’est la manière dont l’aveu modifie le pouvoir dans le couple. Tom croyait être un mari attentif. Fanny lui prouve que l’attention sans écoute peut devenir une décoration. Le film aurait pu creuser cette idée avec plus de dureté. Il en garde une version accessible, parfois fine, parfois trop polie.

Tableau critique

Critère Avis
Rythme Efficace, avec quelques scènes trop rangées dès que le malaise devient utile
Mise en scène Claire et populaire, mais rarement assez sèche pour son propre sujet
Interprétation Alexandra Lamy tient l’émotion, François Cluzet assume la gêne du mari réparateur
Scénario Très bon point de départ, traitement parfois trop conciliant
Impact Drôle et utile, pas assez acide pour rester durablement en tête

Face aux autres sorties de la semaine

Dans la semaine du 6 mai 2026, Pour le plaisir a un vrai créneau. The Criminals joue le thriller de braquage propre et tendu. Mortal Kombat II mise sur le tournoi bruyant et les coups bien vendus. C’est quoi l’amour regarde aussi le couple, mais par la famille recomposée et le passé religieux qui refuse de rester tranquille.

Le film de Reem Kherici peut attirer un public qui cherche une comédie française adulte, facile à résumer, portée par deux visages connus et un sujet immédiatement discuté à la sortie de salle. Son démarrage le confirme. Il y a une attente. Pas forcément pour une œuvre radicale. Plutôt pour un film qui ose poser le sujet sur la table sans transformer la séance en consultation gênante.

À ce jeu, Pour le plaisir est mieux armé que Pour le meilleur, autre sortie française au titre voisin, plus sage dans sa manière de parler du couple et du dépassement. Ici, le sujet accroche plus vite. Il donne aussi plus de risques. Dommage que le film ne les prenne pas tous.

Le film peut circuler par les avis de sortie, car son sujet lance une discussion immédiate. Même trop poli, il donne au public un désaccord concret à discuter.

Faut il voir Pour le plaisir au cinéma

Oui, si tu veux une comédie française adulte qui aborde un vrai tabou sans se cacher derrière une intrigue de vacances ou un dîner interminable. Pour le plaisir a des limites nettes, mais il a aussi un sujet, une actrice centrale solide et plusieurs scènes qui disent quelque chose de juste sur le couple. C’est déjà une bonne nouvelle. Le marché de la comédie française ne croule pas toujours sous les diagnostics précis.

Non, si tu attends un film vraiment tranchant sur la sexualité, le commerce du bien être intime ou la façon dont les hommes parlent trop vite du corps des femmes. Le film reste dans la comédie accessible. Il veut faire rire, rassurer, émouvoir, puis sortir proprement de la pièce. On peut trouver ça malin. On peut aussi regretter que le ménage soit fait si vite.

Mon avis reste favorable avec réserve. Pour le plaisir mérite mieux qu’un ricanement paresseux sur son sujet. Le film parle d’un silence lourd, d’un couple persuadé d’aller bien, d’un homme qui confond aide et reprise en main. Quand il regarde cela de près, il fonctionne. Quand il choisit la douceur automatique, il perd du mordant. Trois sur cinq. Une comédie utile, bien jouée, mais trop polie pour son propre aveu.

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