Verdict : 3/5 — Critique Marty Supreme en deux mots : spectacle ping-pong furieux, adrénaline à gogo, mais un propos qui reste en surface. Si tu cherches du fun déjanté, fonce. Si tu veux un message solide, tu resteras sur ta faim.
- Titre : Marty Supreme
- Réalisateur : Josh Safdie
- Durée : 2h30
- Avec : Timothée Chalamet, Gwyneth Paltrow, Odessa A’zion, Kevin O’Leary, Tyler Okonma, Abel Ferrara
- Genre : Comédie dramatique sportive
Tu t’attendais à la nouvelle bombe de Josh Safdie ? Prépare-toi plutôt à un feu d’artifice calibré. Marty Supreme met en scène un Timothée Chalamet « hyperactif » plongé dans une époque vintage pleine de vinyls et de costumes XXL.
Le film, tourné en pellicule 35 mm par Darius Khondji, abonde en couleurs exagérées et bruitages frénétiques.
La mise en scène a beau caracoler à toute allure, un peu comme un bouillon sonore bourdonnant qui rend la tension palpable, on se rend vite compte que l’histoire laisse de côté toute subtilité.
Autant le dire cash, Marty Supreme mise tout sur le style et la fièvre du ping-pong, pas sur l’intelligence du propos.
👍 Points forts
- Énergie constante et adrénaline omniprésente (chaque échange de ping-pong est filmé comme un match de MMA).
- Performances en feu, surtout Chalamet (Marty est pitoyable mais fascinant) et Odessa A’zion (Rachel, aimante et prête à tout).
- Ambiance visuelle soignée : décors 50s stylisés, costumes travaillés et image granuleuse à souhait.
👎 Points faibles
- Rythme hyper frénétique, sans respiration – les scènes s’enchaînent à toute allure, fatigue rapidement.
- Scénario superficiel et prévisible : les péripéties s’enchaînent sans réel fil conducteur, là pour l’effet (incohérences narratives et scènes gratuites, comme le retour d’Auschwitz ou le bain de miel).
- Protagoniste antipathique et unidimensionnel : Marty est odieux et égoïste, on peine à éprouver quelque empathie, comme le soulignait déjà un spectateur allociné.
Un héros ping-pong survolté
Sous les traits de Marty Mauser, Chalamet incarne un champion invétéré, persuadé d’être « le cauchemar de Hitler ».
On retrouve là le goût des Safdie pour les personnages ruinés mais obstinés, lancés à toute blinde dans leur foucade. Marty n’est pas un gentil garçon, il triche, drague sans vergogne (Gwyneth Paltrow, Kay Stone, en fait les frais) et n’hésite pas à martyriser les autres, y compris des mafieux en carton.
À aucun moment on ne peut vraiment l’aimer, et c’est volontaire. Le film joue à fond la carte de l’anti-héros toxique. Sa fragilité juive n’est qu’esquissée (scène choc en Allemagne, allusion antisémite du pingouin) sans être davantage exploitée.
Comme le notait Jacque Mandelbaum du Monde, tout « va vite, [se] révèle drôle, grinçant et bien troussé »… pour mieux feindre de s’amuser des stéréotypes, un peu comme on simule un match amical alors qu’on vous envoie des fléchettes avant de jouer.
Le personnage de Rachel (Odessa A’zion) apporte un soupçon d’humanité, sa souffrance d’amante trompée est magnifiquement interprétée, mais Marty lui échappe toujours, fonçant tête baissée vers le prochain défi ping-pong plutôt que vers sa responsabilité.
En bref, tu vas en prendre plein la vue sur ce bad-boy de Marty, même si la « quête de rédemption » qu’on lui propose frôle parfois le grand n’importe quoi.
Adrénaline et style Safdie
Dès la première minute, Safdie lâche la bride, le montage cut, la caméra qui tremble, la tension du tournoi et la musique électro signée Daniel Lopatin te collent une montée d’adrénaline quasi musicale.
Le film a vraiment des airs de cartoon survolté, on pense à Mack Sennett (célébré dans la presse) tant tout est excessif et cartoon.
Les quelques joutes de ping-pong en compétition profitent à plein de cette énergie, Khondji exploite le grain 35 mm pour rendre chaque boule explosive.
Comme l’a noté un critique, Safdie « maîtrise le rythme de son film avec la précision redoutable d’un chef d’orchestre déchaîné ».
Visuellement et auditivement, c’est tonitruant. Les bruitages de balle claquante et la bande-son rétro donnent l’impression d’un live d’usine à pop-corn.
Cette frénésie visuelle est la grande force du film, elle t’entraîne dans la course folle de Marty comme dans un grand manège.
Cependant, cette course-poursuite permanente a un coût. Le montage constamment survolté ne laisse ni lecteur ni personnage souffler.
On enchaîne confrontation après confrontation sans vraiment de pause, parfois sans la moindre explication. Ce goût du chaos frénétique finit par nous lasser car on a l’impression de « voir un enchaînement d’événements plutôt qu’une vraie cohésion narrative », comme on pouvait lire sur un topic du fameux forum Reddit (ce qui colle à l’expérience ressentie).
Les scènes absurdes se succèdent (mini-cinéma dans le boui-boui, Martyr un baron du stylo, chien sacrifié pour un gag stupide…) et prêtent parfois plus à rire jaune qu’à réfléchir.
Bref, Safdie nous ballade dans une débauche de plans stylisés et de cris de Marty. C’est dynamique, mais ça finit par ressembler à un joli carambolage plus qu’à un match bien joué.
Désirs et ratés
Si Safdie s’amuse à brûler toutes ses cartouches, le propos s’en retrouve vapocraque. Marty Supreme lorgne sur le film politique (qqs allusions à l’Amérique de l’après-guerre, l’ascension sociale, le racisme ordinaire d’un pigiste alcoolique), mais n’ose jamais vraiment mordiller ces sujets.
Tout reste gentiment contourné, comme si après une scène d’Auschwitz en intro le film coupait court par la comédie.
Comme l’ont pointé plusieurs critiques français, le résultat est un peu vide, un film « long mais jamais ennuyeux » pour les supporters de frénésie, mais creux et irrationnel pour les autres.
Tu vas donc prendre ta claque visuelle, peut-être rire de l’humour noir (souvent involontaire), sans pour autant devoir réfléchir, Marty ne bouge jamais vraiment sur les rails du message.
Le scénario bâcle les sous-intrigues (les rivaux de table-tennis sont vite oubliés, la carrière de Kay Stone n’est qu’un décor passager), et la fameuse tension sociale promise s’évanouit.
En comparaison, des films de sport « intégrant la compétition et l’intime » (voir Inside Llewyn Davis ou Smashing Machine) avaient pris le temps de laisser le personnage digérer et grandir.
Ici, non, chaque frustration de Marty est traitée comme un prétexte à cri et gros plan.
| Critères | Note | Spectateurs | Étoiles |
|---|---|---|---|
| Acteurs | 4/5 | 3.9/5 | ⭐⭐⭐⭐ |
| Réalisation | 3.5/5 | 4.3/5 | ⭐⭐⭐ |
| Scénario | 3/5 | 3.8/5 | ⭐⭐⭐ |
| Bande originale | 3.5/5 | 4.0/5 | ⭐⭐⭐ |
Du coup, ma conclusion est :
Marty Supreme est un film puissant visuellement (perfusé au grain 50’s, son percutant, stylisme kitsch) et survolté dans sa mise en scène.
Chalamet, Paltrow et A’zion portent ce bazar grisant, et le réalisateur s’en sort avec les honneurs d’un grand showman.
Pourtant, une fois la dernière balle renvoyée, on réalise qu’il y a davantage de paillettes que de fond. Comme l’a résumé un spectateur : le montage et le rythme « sont en constante surénergie assumée, et manquent parfois de respiration ».
Ce cocktail survitaminé séduira les amateurs de sensations pures, mais risque de décevoir ceux qui attendaient, derrière les éclats, une vraie rédemption ou une réflexion solide. Marty Supreme reste donc, au final, un match spectaculaire… mais un peu creux.
+ There are no comments
Add yours